Reprendre le travail après un cancer

Une forte proportion d’actifs retravaillent après cette maladie. Mais entre risque d’isolement, fatigue ou manque d’adaptabilité des entreprises, les répercutions sont nombreuses.
Photo by Matthew Henry from Burst

“En 2009, on m’a diagnostiqué un cancer du sein, se souvient Martine, 52 ans. Après l’ablation et trois interventions de reconstruction, j’ai repris mon travail 15 mois plus tard. Cadre commerciale dans l’industrie pharmaceutique, j’ai retrouvé mon poste à l’identique, rythme et stress compris. Le 4/5e que j’ai demandé a été accepté mais contre l’engagement de réaliser le même chiffre d’affaires qu’à temps plein. Mais rémunéré à 80 % ! La pression était telle que je ne pouvais pas ne pas signer l’accord.” Depuis 8 ans, alors que son état de santé se dégrade, les objectifs fixés augmentent, jusqu’à décider de prendre un congé sabbatique. “J’ai le sentiment de perdre ma vie à la gagner. Il n’y a aucune prise en compte de ma santé. Quant au médecin du travail, il n’est d’aucun soutien. On m’explique que c’est bien que mon entreprise m’ait gardée. Mais à quel prix !” Comme elle, 100 000 actifs sont touchés chaque année par le cancer. Sur 1 000 nouveaux cas par jour, 400 concernent des personnes en activité. Deux ans après avoir été détectées, 30 % d’entre elles ont perdu leur emploi. Seule une personne sur trois au chômage lors du diagnostic retrouve un poste après deux ans.

Descente aux enfers

En plus de la fatigue, des troubles du sommeil, de la mémoire et de la concentration et des séquelles ressenties plusieurs années après le diagnostic, les personnes se retrouvent en situation de vulnérabilité. Les effets durables des traitements chamboulent la vie professionnelle. Il faut donc être conscient de ce à quoi on va se heurter, savoir comment agir et quels sont les moyens à disposition. Les plus jeunes assimilent parfois le cancer à une grosse grippe et ne veulent pas entendre parler d’arrêt. Mais quand ils découvrent les effets, ils déchantent. D’autant que le protocole est costaud car ils risquent de développer leur cancer plus rapidement. Chez les plus de 50 ans, tout dépend de la formation initiale ou de l’expérience. Si on a fait carrière dans un même métier ou dans la même entreprise, c’est plus difficile de se projeter. Et les cadres ont parfois du mal à lâcher prise vis-à-vis du travail. Il y a risque de dépression préjudiciable puisqu’ils sont déjà fragilisés. Quant aux femmes, elles sont mieux préparées car nombre d’entre elles ont dû s’arrêter pour les enfants. Pour vivre moins de pression, certaines refusent les postes de top managers.

Plus comme avant

La durée cumulée d’arrêt de travail pour un cancer du sein oscille entre 6 et 12 mois pour un tiers des patientes et dépasse 2 ans pour certaines. Même si la plupart se sentent motivées, beaucoup ont la sensation d’une reprise trop précoce. En cause, la moindre capacité de travail. On y retourne parfois pour acter que les traitements sont enfin finis, sauf qu’entre-temps, tout est bouleversé. Jusqu’à se sentir décalé. Qui plus est, le regard des collègues a aussi changé. Certains ont peur de ce que représente le cancer et usent de stratégies d’évitement, ce qui favorise l’isolement. D’autres s’imaginent à tort que tout est réglé et exigent le même rendement qu’avant. La réalité est toute autre ! Pour pallier ces écueils, l’aménagement de poste représente une solution. La maladie entraîne une variation des capacités productives. Mais la plupart des organisations sont incapables de s’adapter à cette situation. Pour les indépendants, la problématique est toute autre. Alors que cela paraît plus simple car ils sont autonomes, c’est plus difficile à gérer, surtout financièrement. D’où l’intérêt de la prévoyance. Mais quel que soit le statut, la maladie oblige à repenser la vie au travail. Cela affecte la trajectoire mais aussi la manière de s’organiser jusqu’à inciter certains au changement. Objectifs : être en phase avec ses désirs et se rapprocher de soi et des autres.

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