Françoise Gri, présidente sexiste de Manpower ?

“Le blog de Françoise Gri, président de Manpower France” a vu jour à l’occasion de la dernière Journée de la femme. Qui y a-t-il de surprenant dans cette phrase ? Une erreur de frappe ? Un homme au doux prénom de Françoise ? Rien de tout cela. Chez Manpower, une femme dirigeante devient un homme.

Confirmation sur la bannière du blog sur laquelle on peut lire la même phrase. Étonnant de constater que Manpower, “deuxième acteur privé de l’emploi en France”, une des rares entreprises de cette taille dirigée par une femme, emploie le masculin pour évoquer sa présidente. Pourtant le groupe affiche sa volonté de “respecter et promouvoir l’application du principe de non-discrimination sous toutes ses formes et dans toutes les étapes de gestion des ressources humaines”. Sur son blog, Françoise Gri signe même un billet intitulé “Femme dans l’entreprise, encore un effort”. Elle s’interroge notamment : “Les femmes occupent-elles toujours, dans l’entreprise, les places qui devraient leur revenir ?” Et constate que “le “plafond de verre” qui entrave la progression professionnelle des femmes demeure une réalité… La France n’a guère de leçon à donner sur ce terrain… quelques femmes ont fait leur apparition ces dernières années au sein des Comités de direction des entreprises du CAC 40, mais elles restent une très petite minorité…”. “Que faire, dans ces conditions ?”, conclut-elle.

Le pouvoir se conjugue mal au féminin

Comment en serait-il autrement quand Manpower et sa présidente préfèrent employer le masculin pour évoquer la plus haute fonction du groupe pourtant occupée par une femme ? Promouvoir la représentation des femmes au sein des états-majors, d’accord, mais jusqu’à un certain point. Est-ce la crainte de voir le prestige de cette fonction écorné ? Dans le débat autour de cette question de “féminisation” des titres, fonctions et des postes, tous les arguments sont bons pour freiner les évolutions, y compris en contournant les règles élémentaires de la langue française. Certains disent qu’il y a des sujets plus urgents à traiter quant à la situation des femmes dans le monde, d’autres que le féminin de certains métiers sonne vraiment trop mal pour l’utiliser. Mais ici, l’argumentaire ne tient pas. Le féminin de “président” est connu de tous et employé couramment. A t-on affaire à une forme de résistance loin d’être innocente ? Nul n’ignore en effet la force symbolique du langage et l’impact du masculin en particulier dans la sphère du pouvoir. C’est donc aux femmes influentes de prouver que le pouvoir peut se conjuguer au féminin. L’employer comme il se doit permet aux femmes de se projeter dans certaines fonctions, responsabilités ou activités, ce qu’elle ne s’autorisent pas toujours. Changer cette pratique se révèle un bon moyen de lutter contre les stéréotypes. Alors à Françoise Gri et aux femmes dirigeantes en général de montrer l’exemple.


Merci à Corinne de Toutpourelles pour cette info.

4 Comments

  1. maevalex

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