Vous rêvez de ne plus avoir de chef, de choisir vos horaires, de travailler depuis chez vous et de décider enfin de vos projets ? Peut-être avez-vous envie de devenir indépendant. Mais peut-être aussi que ce que vous cherchez n’est pas de créer votre entreprise : c’est simplement de travailler autrement. Avant de vous lancer, mieux vaut faire la différence.
Pexels – Zakaria Boumliha
Il y a une phrase qui revient souvent lorsqu’on ne supporte plus son travail :
« J’en ai marre d’avoir un patron. Je vais me mettre à mon compte. »
Sur le papier, l’idée est séduisante.
Plus de chef au-dessus de soi. Plus besoin de demander l’autorisation pour prendre une journée. La possibilité de choisir ses clients, son organisation, son lieu de travail. Et, surtout, cette sensation très attirante de reprendre la main.
Mais devenir son propre patron ne signifie pas seulement ne plus avoir de patron.
Cela signifie aussi devenir son propre commercial, son propre comptable, son propre service administratif, parfois son propre informaticien, son propre responsable des achats… et, selon l’activité, accepter que les clients deviennent en quelque sorte vos nouveaux « chefs ».
Alors avant de créer votre entreprise, posez-vous une question un peu plus précise :
Qu’est-ce que je cherche réellement à changer dans ma façon de travailler ?
La réponse peut vous conduire vers l’entrepreneuriat.
Mais elle peut aussi vous conduire ailleurs.
Vous voulez peut-être surtout avoir davantage d’autonomie
C’est probablement l’une des raisons les plus fréquentes.
Vous en avez assez qu’on vous dise comment faire votre travail.
Vous aimeriez pouvoir organiser votre journée différemment.
Décider de vos priorités.
Choisir vos méthodes.
Avoir davantage de responsabilités.
Dans ce cas, l’indépendance peut effectivement être une piste.
Mais elle n’est pas la seule.
Une mobilité interne, un changement d’entreprise, un poste avec davantage de responsabilités, une activité en télétravail ou une évolution vers une fonction plus autonome peuvent parfois répondre au même besoin.
Changer de statut n’est pas toujours nécessaire pour changer de façon de travailler.
C’est une distinction importante.
Vous voulez peut-être surtout maîtriser votre temps
« Je voudrais travailler quand je veux. »
La phrase fait rêver.
Mais être indépendant ne signifie pas nécessairement travailler moins.
Au début, c’est souvent l’inverse.
Il faut trouver des clients, répondre aux demandes, produire, facturer, gérer les imprévus, faire sa comptabilité, communiquer, prospecter.
Et lorsqu’on travaille seul, personne ne vient forcément vous dire que la journée est terminée.
Vous pouvez donc vous retrouver à travailler tôt le matin, tard le soir ou le week-end.
La vraie question n’est pas :
« Est-ce que je veux être libre de mes horaires ? »
Mais :
« Suis-je capable de fixer moi-même mes limites ? »
Parce que l’autonomie implique aussi de savoir dire non.
À un client.
À une mission.
À une urgence.
À une journée de travail supplémentaire.
Vous voulez peut-être surtout travailler depuis chez vous
Là encore, attention au raccourci.
Le télétravail et l’indépendance ne sont pas synonymes.
On peut être salarié et travailler largement à distance.
On peut être indépendant et passer ses journées chez ses clients.
On peut être entrepreneur et avoir besoin d’un atelier, d’un cabinet, d’un local ou d’un bureau.
Si ce qui vous attire est simplement de ne plus passer une heure dans les transports matin et soir, inutile de créer une entreprise pour cela.
Peut-être qu’un changement d’employeur ou de poste suffirait.
La bonne question devient alors :
Est-ce mon statut qui me gêne, ou l’organisation actuelle de mon travail ?
Pour approfondir cette réflexion, vous pouvez aussi lire notre article sur le télétravail et ses limites.
Vous voulez peut-être surtout choisir avec qui vous travaillez
C’est une autre motivation très différente.
Vous avez envie de sélectionner vos projets.
De ne plus travailler sur des missions qui n’ont aucun sens pour vous.
De choisir davantage vos interlocuteurs.
De construire une activité autour de ce que vous aimez vraiment.
C’est une motivation très entrepreneuriale.
Mais elle implique une contrepartie : au début, vous n’aurez pas toujours le luxe de choisir.
Un indépendant qui démarre doit souvent accepter des missions qui ne correspondent pas exactement à son idéal.
Il faut construire une clientèle.
Faire ses preuves.
Développer son réseau.
Trouver son positionnement.
Puis, progressivement, apprendre à choisir.
L’indépendance peut donc offrir davantage de liberté.
Mais cette liberté se construit.
Elle n’est pas livrée avec le statut.
Et si vous cherchiez surtout à donner davantage de sens à votre travail ?
C’est peut-être le plus gros piège.
On peut être profondément malheureux dans son emploi et imaginer que l’entrepreneuriat va régler le problème.
Mais si ce qui vous pèse est le contenu même de votre activité, devenir indépendant risque simplement de vous faire exercer le même métier avec davantage de responsabilités.
Vous êtes commercial et vous n’aimez plus vendre ?
Créer votre propre entreprise ne supprimera pas nécessairement la vente.
Vous êtes graphiste et vous détestez les demandes des clients ?
Vous en aurez toujours.
Vous êtes consultant et vous n’aimez plus les réunions ?
Vous risquez d’en organiser vous-même.
Vous êtes artisan et vous ne supportez plus la paperasse ?
Elle ne disparaîtra pas parce que vous aurez créé votre structure.
Avant de changer de statut, demandez-vous donc :
« Est-ce que je veux faire un autre travail, ou simplement faire mon travail actuel autrement ? »
Ce sont deux projets très différents.
Si vous hésitez encore sur la direction à prendre, notre article consacré à la reconversion professionnelle peut vous aider à distinguer changement de métier et changement de cadre.
Vous pouvez tester l’indépendance avant de tout quitter
C’est probablement la meilleure nouvelle.
Il n’est pas forcément nécessaire de démissionner lundi matin pour savoir si l’entrepreneuriat vous correspond.
Vous pouvez commencer par une activité complémentaire lorsque votre situation le permet, vous renseigner sur les différents statuts, rencontrer des indépendants ou tester une première prestation.
La couveuse d’entreprises, par exemple, permet dans certaines situations de tester un projet en bénéficiant d’un cadre juridique et d’un accompagnement avant de créer définitivement son entreprise.
Vous pouvez également vous renseigner auprès des Chambres de commerce et d’industrie, des Chambres de métiers et de l’artisanat ou des réseaux d’accompagnement à la création d’entreprise.
L’objectif n’est pas de multiplier les démarches.
C’est de confronter votre idée à la réalité.
Avant de quitter votre emploi, prenez également le temps de consulter notre guide sur les questions à se poser avant une démission.
Une question essentielle : êtes-vous prêt à vendre ?
Elle mérite presque son propre article.
Parce que beaucoup de personnes aiment leur métier mais détestent l’idée de devoir chercher des clients.
Or, être indépendant implique généralement de trouver des missions, construire une relation commerciale, négocier des tarifs, relancer des prospects et accepter parfois qu’une personne vous dise non.
Vous pouvez être excellent dans votre domaine et avoir du mal à faire fonctionner votre activité.
Cela ne signifie pas que vous n’êtes pas fait pour l’indépendance.
Cela signifie peut-être que vous devrez apprendre à vendre, vous faire accompagner ou vous associer avec quelqu’un dont c’est davantage le point fort.
Mais il faut avoir envie d’affronter cette partie du métier.
Et l’argent ?
C’est évidemment une question centrale.
Quand on devient indépendant, le chiffre d’affaires n’est pas un salaire.
Il faut tenir compte des cotisations, des impôts, des frais professionnels, des périodes sans mission, des congés non rémunérés et parfois des investissements nécessaires à l’activité.
Le niveau de revenu peut être supérieur à celui d’un salarié.
Il peut aussi être inférieur.
Et surtout, il peut être beaucoup plus irrégulier.
Avant de vous lancer, faites donc un calcul assez peu glamour mais extrêmement utile :
De combien ai-je besoin chaque mois pour vivre ?
Puis :
Combien dois-je facturer pour atteindre ce montant une fois toutes les charges et dépenses prises en compte ?
Et enfin :
Est-ce réaliste compte tenu du marché et du temps que je pourrai réellement consacrer à mon activité ?
Un projet entrepreneurial devient beaucoup plus concret lorsqu’il passe par ces chiffres.
Pour compléter cette réflexion, vous pouvez lire notre article sur la gestion de son budget lors d’un changement professionnel.
Vous n’avez peut-être pas envie d’être « patron »
L’expression elle-même mérite d’être interrogée.
Certains veulent surtout être libres.
D’autres veulent créer.
D’autres encore veulent travailler seuls.
Certains veulent simplement pouvoir choisir leurs horaires.
D’autres veulent développer une entreprise et employer des personnes.
Ce ne sont pas les mêmes aspirations.
Si vous rêvez de développer une équipe, de recruter, de trouver des clients et de construire une entreprise, l’entrepreneuriat peut être une formidable aventure.
Si vous voulez surtout exercer votre métier tranquillement, avec davantage de liberté et moins de hiérarchie, un statut d’indépendant peut également convenir.
Mais vous pourriez aussi trouver votre bonheur dans une petite structure, une coopérative, une association, une entreprise où l’autonomie est forte ou un poste qui vous donne davantage de marge de manœuvre.
Ne confondez pas envie d’entreprendre et envie d’autonomie.
Une petite grille pour comprendre ce que vous cherchez
Avant de penser au statut, complétez ces phrases.
Je voudrais surtout…
… décider davantage de mon organisation.
… gagner du temps.
… travailler depuis chez moi.
… choisir mes projets.
… gagner davantage.
… avoir moins de hiérarchie.
… faire un métier qui a davantage de sens.
… travailler avec d’autres personnes.
… créer quelque chose qui m’appartient.
… pouvoir changer de rythme.
Vos réponses ne donnent pas automatiquement une solution.
Mais elles permettent de distinguer plusieurs envies.
Plus d’autonomie ? Cherchez d’abord si votre poste ou votre entreprise peuvent évoluer.
Plus de liberté géographique ? Regardez du côté du télétravail et des métiers compatibles avec le travail à distance.
Plus de sens ? Interrogez le contenu du métier avant le statut.
Plus de liberté dans les missions ? L’indépendance peut être une piste.
Envie de créer et de développer ? Là, l’entrepreneuriat prend davantage de sens.
Envie de travailler autrement sans tout bouleverser ? Une évolution professionnelle peut suffire.
Et si vous testiez votre idée grandeur nature ?
Avant de créer votre entreprise, essayez de répondre à cinq questions très concrètes.
Qui va vous payer ?
Pas « qui pourrait être intéressé ? »
Qui, précisément, aurait intérêt à acheter votre service ou votre produit ?
Pourquoi vous plutôt qu’un autre ?
Quelle compétence, expérience ou spécialité allez-vous apporter ?
Combien pouvez-vous facturer ?
Et surtout, à quel prix votre activité reste-t-elle viable ?
Comment allez-vous trouver vos premiers clients ?
Réseau ? Prospection ? Plateformes ? Recommandations ? Ancien employeur ? Partenaires ?
Et que se passe-t-il si ça ne marche pas ?
Combien de temps pouvez-vous tenir ?
Quel revenu minimum vous faut-il ?
Quel serait votre plan B ?
Ce sont des questions moins enthousiasmantes qu’un logo ou qu’un nom d’entreprise.
Mais elles permettent de transformer une envie en projet.
Il existe aussi des formes intermédiaires
Entre « salarié jusqu’à la retraite » et « entrepreneur totalement indépendant », il existe beaucoup de nuances.
Portage salarial.
Coopératives d’activité et d’emploi.
Activité indépendante à temps partiel.
Création progressive.
Cumul d’activités dans les situations où il est possible.
Mobilité vers une structure plus petite.
Travail en freelance.
Certaines solutions permettent de tester progressivement une autre façon de travailler.
Le portage salarial, par exemple, permet à un professionnel autonome de réaliser des missions pour des clients tout en bénéficiant du statut de salarié de la société de portage, dans le cadre prévu par la réglementation.
Les coopératives d’activité et d’emploi proposent quant à elles un cadre collectif pour développer son activité tout en étant accompagné.
Ces dispositifs ne conviennent évidemment pas à tout le monde.
Mais ils rappellent une chose importante :
un changement professionnel n’est pas forcément tout ou rien.
Alors, voulez-vous vraiment être votre propre patron ?
Peut-être.
Mais avant de créer votre entreprise, essayez de terminer cette phrase :
« Si je pouvais changer une seule chose dans ma vie professionnelle actuelle, ce serait… »
Si votre réponse est :
« Ne plus avoir de chef », cherchez ce que vous attendez réellement derrière cette phrase.
« Pouvoir organiser mes journées », regardez toutes les façons d’obtenir davantage d’autonomie.
« Choisir ce sur quoi je travaille », explorez l’indépendance.
« Faire quelque chose qui me plaît davantage », commencez peut-être par réfléchir au métier avant au statut.
« Avoir plus de temps pour ma vie personnelle », vérifiez si l’entrepreneuriat vous en donnera réellement davantage.
Et si votre réponse est :
« J’ai envie de construire quelque chose qui m’appartient », alors oui, il est peut-être temps d’aller regarder sérieusement du côté de l’entrepreneuriat.
Parce que devenir son propre patron n’est pas une solution universelle.
C’est une façon de travailler parmi d’autres.
Et la bonne question n’est pas forcément :
« Est-ce que je dois créer mon entreprise ? »
Mais :
« Quelle organisation du travail me permettrait de vivre la vie professionnelle que je recherche ? »
LE PETIT PAS TPC
Cette semaine, ne créez rien.
Prenez simplement une feuille et écrivez :
« Dans mon travail actuel, j’aimerais pouvoir… »
Puis complétez la phrase cinq fois.
Ne cherchez pas immédiatement de solution.
Une fois vos cinq réponses écrites, entourez celle qui revient le plus souvent.
C’est peut-être elle, votre véritable projet de changement.
Et seulement ensuite, demandez-vous si devenir indépendant est vraiment le meilleur moyen de l’obtenir.