LES MÉTIERS DONT ON RÊVE… ET CE QU’ON OUBLIE DE REGARDER

On connaît le métier que l’on aimerait exercer. On en imagine les bons côtés, les collègues, les journées, parfois même la nouvelle vie qui va avec. Mais derrière chaque métier rêvé, il y a une réalité beaucoup moins visible : des horaires, des contraintes, un niveau de salaire, des tâches répétitives, des déplacements, une hiérarchie, des clients, de l’administratif… Avant de changer de voie, quelques détails méritent d’être regardés de près.
Pexels – Ron Lach

Il y a le métier que l’on imagine.

Et puis il y a celui que l’on exerce réellement.

Entre les deux, il y a parfois un monde.

Vous rêvez de devenir libraire parce que vous adorez les livres.

Vous vous imaginez conseiller des lecteurs, découvrir de nouveaux auteurs, parler littérature toute la journée.

Vous envisagez de devenir paysagiste parce que vous aimez jardiner et passer du temps dehors.

Vous pensez à travailler dans le tourisme parce que vous aimez voyager et rencontrer des gens.

Vous voulez devenir indépendant parce que vous rêvez de liberté.

Vous songez à travailler avec des enfants parce que vous aimez transmettre.

Toutes ces envies peuvent être parfaitement légitimes.

Mais elles ont un point commun :

on regarde spontanément ce qui nous attire. Beaucoup moins ce qui vient avec.

Et pourtant, c’est souvent là que se joue la réussite d’une reconversion. Pour mieux comprendre les étapes d’un tel changement, vous pouvez aussi consulter notre article sur les questions à se poser avant de changer de métier.

Le métier rêvé n’occupe pas toujours les journées que l’on imagine

Prenons un exemple simple.

Vous aimez les livres.

Vous vous dites : « Je pourrais travailler en librairie. »

Très bien.

Mais une journée de libraire ne consiste pas uniquement à conseiller des romans.

Il faut réceptionner des cartons, déballer, ranger, gérer des stocks, passer des commandes, travailler avec des fournisseurs, tenir une caisse, organiser parfois des animations, gérer les retours et faire vivre économiquement le commerce.

Vous aimez toujours ?

Peut-être que oui.

Et c’est justement ce que l’on cherche à savoir.

Le problème n’est pas de découvrir que le métier comporte des contraintes.

Tous les métiers en ont.

Le problème serait de les découvrir après avoir investi plusieurs mois ou plusieurs années dans une reconversion.

Vous aimez le résultat. Aimez-vous le processus ?

C’est une question redoutablement efficace.

Vous aimez les belles maisons.

Est-ce que vous aimeriez être architecte et passer une partie importante de votre temps sur des contraintes réglementaires, des budgets, des plans, des réunions et des dossiers ?

Vous aimez les jardins.

Est-ce que vous aimez aussi porter, creuser, tailler, travailler sous la pluie, entretenir du matériel et recommencer certaines tâches encore et encore ?

Vous aimez les animaux.

Est-ce que vous êtes prêt à gérer les odeurs, les soins, les contraintes sanitaires, les horaires et parfois la souffrance ?

Vous aimez voyager.

Est-ce que vous aimez organiser, vendre, gérer des imprévus et répondre à des clients mécontents ?

Aimer le résultat d’un métier ne signifie pas forcément aimer le travail qui permet de l’obtenir.

C’est probablement l’une des premières choses à vérifier.

Si vous cherchez justement à mieux identifier ce qui vous correspond, notre réflexion sur les métiers qui ont du sens peut également vous aider à prendre du recul.

Les horaires : le détail qui peut changer toute une vie

On pense souvent au métier.

On oublie son rythme.

Pourtant, les horaires peuvent être déterminants.

Travail le week-end.

Horaires très matinaux.

Travail de nuit.

Horaires coupés.

Saisonnalité.

Astreintes.

Déplacements fréquents.

Congés difficiles à prendre à certaines périodes.

Si vous rêvez d’un métier parce que vous voulez justement avoir une vie plus équilibrée, cette question devient essentielle.

À quelle heure commence une journée normale ?

À quelle heure se termine-t-elle ?

Est-ce que je travaille le samedi ?

Est-ce que je peux prendre mes vacances quand je veux ?

Combien de temps passe-t-on réellement dans les transports ?

Ce ne sont pas des détails.

Ce sont des morceaux de votre vie.

Le salaire rêvé n’est pas toujours celui du débutant

Autre grand classique.

On découvre qu’un métier peut être correctement rémunéré.

On regarde les salaires moyens.

Et on se projette.

Mais le revenu d’un débutant peut être très différent de celui d’un professionnel expérimenté.

Selon le secteur, le statut, la région, le niveau de qualification et l’expérience, les écarts peuvent être importants.

Avant une reconversion, il faut donc regarder plusieurs chiffres :

le salaire à l’entrée ;

le salaire après quelques années ;

les possibilités d’évolution ;

les différences selon les statuts ;

et la réalité des offres auxquelles on peut prétendre avec son niveau d’expérience.

Une reconversion peut parfaitement impliquer une baisse de revenus pendant quelque temps.

Ce n’est pas nécessairement un problème.

À condition de l’avoir choisie.

Et si le métier que vous convoitez recrutait… mais pas là où vous vivez ?

C’est une autre question que l’on oublie facilement.

On découvre qu’un secteur recrute.

Bonne nouvelle.

Mais où ?

Les besoins peuvent être très différents d’un territoire à l’autre.

Un métier peut être en tension à l’échelle nationale et offrir peu d’opportunités dans votre bassin de vie.

À l’inverse, une profession peu médiatisée peut offrir de nombreuses possibilités à quelques dizaines de kilomètres de chez vous.

C’est particulièrement important lorsqu’une reconversion est liée à un projet de mobilité.

Ne regardez pas seulement si le métier recrute.

Regardez où il recrute.

Et si possible :

combien d’offres existent réellement autour de l’endroit où vous pourriez vivre.

Les fiches métiers de France Travail permettent notamment d’explorer les perspectives d’emploi, les compétences et les formations associées aux professions.

France Travail – les fiches métiers

Il y a aussi les tâches que personne ne met dans les brochures

C’est le fameux « hors-champ ».

Vous aimez la photographie ?

Vous pourriez être surpris par le temps consacré à la prospection, aux devis, à la retouche, à la comptabilité ou à la gestion administrative.

Vous aimez cuisiner ?

La réalité professionnelle comprend les commandes, les normes sanitaires, le nettoyage, la gestion des stocks et la pression du service.

Vous aimez écrire ?

Il y a les corrections, les recherches, les demandes de modifications, les délais et les périodes où il faut chercher du travail.

Vous aimez aider les autres ?

Il y a aussi les comptes rendus, les procédures, les réunions et les situations difficiles.

Un métier est toujours plus vaste que sa partie la plus séduisante.

Et c’est une bonne nouvelle.

Parce que si, après avoir découvert le hors-champ, vous avez toujours envie d’y aller, votre envie devient beaucoup plus solide.

Attention aussi à la santé et au corps

On parle beaucoup des compétences nécessaires.

Moins des contraintes physiques.

Pourtant, elles peuvent être décisives.

Travail debout.

Port de charges.

Postures répétitives.

Travail en extérieur.

Bruit.

Écrans.

Déplacements.

Fatigue vocale.

Horaires décalés.

Certaines contraintes ne posent aucun problème à 25 ans et deviennent différentes vingt ans plus tard.

D’autres sont parfaitement compatibles avec votre façon de vivre.

L’idée n’est évidemment pas de se faire peur.

Mais de poser la question :

« Est-ce que je peux me voir faire cela plusieurs années ? »

Pas demain.

Pas pendant une semaine.

Dans la durée.

Et les gens avec qui vous allez travailler ?

On choisit souvent un métier sans penser à son environnement humain.

Pourtant, c’est une composante énorme du quotidien.

Travail seul ?

Petite équipe ?

Grande organisation ?

Clients toute la journée ?

Public difficile ?

Enfants ?

Patients ?

Collègues nombreux ?

Hiérarchie très présente ?

Forte autonomie ?

Le même métier peut être radicalement différent selon l’entreprise ou la structure dans laquelle on l’exerce.

C’est pourquoi il ne faut pas seulement demander :

« Est-ce que ce métier me plaît ? »

Mais aussi :

« Dans quel environnement ai-je envie de l’exercer ? »

Le statut change aussi la réalité du métier

Salarié, indépendant, fonctionnaire, intérimaire, saisonnier, associé…

Le même savoir-faire peut s’exercer dans des cadres très différents.

Et ces cadres modifient la vie quotidienne.

Un indépendant peut avoir davantage de liberté mais aussi davantage d’incertitude.

Un salarié peut avoir moins de latitude mais bénéficier d’un cadre plus stable.

Un métier exercé en libéral peut offrir une autonomie importante tout en impliquant une forte charge administrative.

Une activité saisonnière peut être passionnante et parfaitement adaptée à certains projets de vie.

Ne choisissez donc pas uniquement un métier. Regardez aussi la façon dont vous pourriez l’exercer.

Le meilleur antidote aux illusions : parler à quelqu’un qui y est

Internet permet aujourd’hui de tout savoir sur presque tous les métiers.

Ou presque.

On peut regarder des vidéos, lire des fiches, consulter des forums.

Mais il manque souvent une chose :

la réalité d’une journée ordinaire.

Trouvez quelqu’un qui exerce le métier.

Et demandez-lui :

À quoi ressemble votre journée d’hier ?

Pas « une journée type ».

Hier.

Qu’avez-vous réellement fait ?

Combien de temps avez-vous passé sur les tâches que vous aimez ?

Et sur celles que vous aimez moins ?

Qu’est-ce qui vous fatigue ?

Qu’est-ce qui vous surprend encore ?

Qu’est-ce que vous pensiez aimer avant de commencer et que vous aimez finalement moins ?

Qu’est-ce que vous pensiez ne pas aimer et qui vous plaît finalement ?

Et surtout :

« Qu’est-ce que vous auriez aimé savoir avant de choisir ce métier ? »

La réponse peut valoir de l’or.

Faites le test du « mardi matin »

Voici une petite expérience mentale très simple.

Ne vous imaginez pas dans votre nouveau métier un vendredi soir.

Ne vous imaginez pas après une journée réussie.

Ne vous imaginez pas lorsque vous venez d’obtenir votre diplôme.

Imaginez-vous un mardi matin ordinaire, dans trois ans.

Il pleut.

Vous êtes fatigué.

Vous devez vous lever pour aller travailler.

Vous connaissez déjà votre journée.

Vous savez quelles tâches vous attendent.

Certaines vous plaisent.

D’autres beaucoup moins.

Vous faites exactement ce métier que vous rêvez aujourd’hui d’exercer.

Est-ce que cette image vous donne toujours envie ?

Si oui, c’est plutôt bon signe.

Si vous hésitez, ce n’est pas forcément mauvais signe.

Cela signifie peut-être simplement qu’il faut regarder de plus près.

Et si le métier rêvé n’était finalement pas le bon ?

Là encore, ce n’est pas une mauvaise nouvelle.

Vous pourriez découvrir que ce n’est pas le métier qui vous attirait réellement.

Mais seulement une partie de celui-ci.

Vous aimez la transmission, mais pas l’enseignement ?

Il existe d’autres façons de transmettre.

Vous aimez les plantes, mais pas le travail physique du paysagisme ?

D’autres métiers travaillent avec le végétal.

Vous aimez l’idée d’aider, mais pas le face-à-face permanent avec le public ?

Il existe d’autres formes d’accompagnement.

Vous aimez l’autonomie mais pas l’incertitude financière ?

Vous pouvez peut-être chercher davantage d’autonomie dans un emploi salarié.

Derrière un métier rêvé, il y a souvent une aspiration plus profonde.

Le besoin de créer.

D’être utile.

De travailler dehors.

De transmettre.

D’être libre.

De rencontrer des gens.

De travailler avec ses mains.

De gagner davantage.

De ralentir.

De retrouver du sens.

Et cette aspiration peut parfois être satisfaite par plusieurs métiers.

Alors, avant de vous reconvertir…

Ne cherchez pas à tuer votre rêve.

Faites exactement l’inverse.

Donnez-lui une chance de résister à la réalité.

Regardez les horaires.

Les salaires.

Les lieux où l’on recrute.

Les contraintes physiques.

Les tâches quotidiennes.

Le statut.

Les perspectives d’évolution.

Les périodes difficiles.

Les tâches administratives.

Et surtout, allez rencontrer des gens qui font réellement ce métier.

Parce qu’il y a deux mauvaises raisons de renoncer à une reconversion :

avoir peur de ce qu’on ne connaît pas,

et

s’enthousiasmer pour ce qu’on ne connaît pas.

Entre les deux, il existe une troisième voie :

se renseigner.

Et découvrir que le métier rêvé est peut-être encore mieux que prévu.

Ou qu’un autre métier correspond encore davantage à ce que vous cherchez.


LE PETIT PAS TPC

Vous avez un métier en tête ?

Prenez une feuille et faites deux colonnes.

CE QUI M’ATTIRE

CE QUE JE NE SAIS PAS ENCORE

Dans la première, notez tout ce qui vous donne envie.

Dans la seconde, inscrivez toutes les zones floues :

horaires, salaire, contraintes, tâches quotidiennes, débouchés, lieu d’exercice, statut, formation…

Puis choisissez une seule question.

Et trouvez la réponse auprès de quelqu’un qui exerce réellement ce métier.

Pas sur une vidéo.

Pas dans un article.

Auprès de quelqu’un qui le fait.

Votre projet ne sera peut-être pas moins enthousiasmant après cette conversation.

Il sera simplement beaucoup plus réel.

Leave a Comment