Comment les entrepreneurs décèlent les opportunités

Comment un entrepreneur peut-il mobiliser ses compétences afin d’interpréter tout ce qui se passe dans son contexte externe comme une opportunité entrepreneuriale ? En bref, comment trouver des idées quand on veut créer sa boîte ?

Le projet entrepreneurial, une question de contexte.
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Nizar Ghamgui, PSB Paris School of Business – UGEI et Richard Soparnot, Groupe ESC Clermont

Depuis les années 2000, le monde académique s’interroge sur la nature des opportunités entrepreneuriales. La question majeure est de savoir ce qui fait qu’un individu comprend ce qui se passe dans son contexte et l’interprète comme une opportunité de créer une entreprise. Autrement dit, comment l’entrepreneur peut-il mobiliser ses compétences afin d’interpréter tout ce qui se passe dans son contexte externe comme une opportunité entrepreneuriale ?

L’opportunité ne va pas de soi…

Afin de répondre à cette question, nous avons étudié trois cas de création d’entreprises. Le premier cas décrit l’histoire d’une jeune femme en fauteuil roulant. Sa position sociale en tant que personne en fauteuil, ainsi que les prérogatives et les obligations attachées à cette position, lui ont permis d’interpréter les contradictions structurelles entre le besoin de se déplacer pour les personnes handicapées et le manque des solutions offertes au niveau social et politique. C’est ce qui l’a aidée à déceler une opportunité de créer un service de location entre particuliers de véhicules adaptés aux personnes en fauteuil, dénommé Wheeliz. Elle explique :

« Je suis très active, je me déplace beaucoup… Je trouve que le fait de se déplacer en fauteuil roulant est très compliqué et coûte très cher. J’ai créé un blog pour raconter les aventures rigolotes que les personnes en fauteuil peuvent vivre dans une ville comme Paris. J’étais encore étudiante, mais le blog a rapidement fait le buzz. »

Depuis, le projet a été élu meilleure entreprise d’innovation sociale par la Commission Européenne, et a remporté plusieurs prix, dont le coup de cœur Startup et Handicap et le trophée Handi-Entrepreneur.

Le deuxième entrepreneur est un jeune ingénieur en électronique. Ses études académiques lui ont permis d’interpréter les contradictions structurelles entre l’importance de l’énergie renouvelable et la sous-utilisation de cette énergie dans le monde technologique en France. Il y a vu une opportunité pour créer une innovation technologique qui transforme les ondes électromagnétiques en énergie :

« L’État encourage le développement de l’énergie renouvelable et de l’innovation. La France accorde des aides et des financements pour le développement de ce genre de projet. J’ai donc réalisé la pertinence d’une technologie permettant de transformer une onde électromagnétique en électricité pour alimenter des systèmes de microélectronique ou d’électronique embarqués. »

Le projet, Sycy, a permis à l’entrepreneur de remporter en 2014 le prix innovation du concours Petit Poucet récompensant les jeunes créateurs étudiants. Avec une belle cagnotte à la clé et deux mois de conseil, l’entrepreneur a pu fabriquer le prototype.

L’histoire personnelle du troisième entrepreneur remonte à son enfance. Sa grand-mère lui a fait découvrir le thé, les plantes et la médecine alternative vers l’âge de huit ans. Il a exprimé son envie de vivre son projet passion. Tous ces éléments, ainsi que son expérience professionnelle préalable en tant que responsable d’un grand salon de thé, lui ont permis d’engager son état d’esprit et de créer une marque de thé avec boutique (projet non encore concrétisé à ce jour), comme il nous l’a expliqué :

« Le thé est un aspect de dégustation, mais au-delà de cet aspect, dans les traditions du monde entier, le thé a eu un impact sur l’art, la poésie, la vie des personnes… la culture en France encourage ce genre de projet. »

Ni découvreur, ni créateur d’opportunité

Il ressort de ces cas de création d’entreprises que le lien entre l’entrepreneur et l’opportunité est autant déterminée par la nature subjective des entrepreneurs eux-mêmes que par les caractéristiques objectives de leurs contextes externes. L’entrepreneur n’est donc ni découvreur, ni créateur d’opportunité. Il s’appuie plutôt sur ses caractéristiques propres (position sociale, expériences, études académiques, habitus…) qui traduisent ses compréhensions et interprétations de son environnement externe comme une base pour imaginer une opportunité.

L’opportunité ne peut être imaginée qu’au moment de l’interprétation de cet environnement. L’analyse des trois entrepreneurs démontre comment leurs expériences vécues sont impliquées dans chacune de leurs perceptions.

Dans un second temps, leur comportement va influencer la culture au sein de leur environnement. Les entrepreneurs vont donc devenir de nouveaux acteurs économiques au-delà de leur stricte activité, et ajouter des éléments à un environnement qui sera analysé par d’autres entrepreneurs qui y décèleront, à leur tour, de futures opportunités.


Cette contribution est tirée du travail de recherche (à paraître) : « Le lien entre l’individu et l’opportunité entrepreneuriale : une reconceptualisation du puzzle » dans la revue Management International.The Conversation

Nizar Ghamgui, Professeur associé en Entrepreneuriat et Stratégie, PSB Paris School of Business – UGEI et Richard Soparnot, Professeur de Strategie d’entreprise, Groupe ESC Clermont

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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