Avant de partir en formation : avez-vous préparé votre retour ?

Vous avez trouvé la formation. Le financement semble possible. Vous êtes prêt à demander plusieurs semaines ou plusieurs mois d’absence à votre employeur. Mais une question reste souvent au second plan : que se passera-t-il lorsque la formation sera terminée ? Car se former n’est pas un projet professionnel. C’est un moyen de le réaliser.
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Choisir une formation peut donner une impression extrêmement rassurante.

Il y a un programme. Une date de début. Une date de fin. Des cours. Des compétences à acquérir. Parfois un diplôme ou une certification au bout.

Après plusieurs mois à se demander comment changer de métier, entrer en formation donne enfin l’impression d’avancer.

Mais attention à ne pas confondre mouvement et destination.

Une formation peut durer trois mois, un an, parfois davantage. Pendant ce temps, votre entreprise continue de fonctionner, votre secteur évolue et vous-même pouvez découvrir que le métier imaginé ne correspond pas exactement à ce que vous espériez.

La vraie question n’est donc pas seulement :

« Comment vais-je partir en formation ? »

Mais :

« Dans quelle situation professionnelle est-ce que je veux me retrouver lorsqu’elle sera terminée ? »


1. Quel problème cette formation doit-elle résoudre ?

C’est la première question à poser.

Pourquoi voulez-vous vous former ?

Pour acquérir une compétence qui vous manque ?

Obtenir un diplôme indispensable pour exercer un métier ?

Changer de poste dans votre entreprise ?

Vous reconvertir complètement ?

Créer votre activité ?

Retrouver un emploi ?

Ou parce que vous ne savez plus vraiment quoi faire et que la formation vous semble être une façon d’avancer ?

Cette dernière situation n’a rien d’exceptionnel.

Lorsque l’on veut changer sans encore savoir précisément vers quoi aller, s’inscrire à une formation peut donner un cadre à l’incertitude. Mais une formation, même excellente, ne remplace pas un projet.

C’est d’ailleurs l’une des limites soulignées dans cet article de TPC consacré à la question : la formation continue garantit-elle vraiment une reconversion réussie ? Une formation est utile lorsqu’elle permet d’acquérir les compétences nécessaires à une situation professionnelle identifiée. Beaucoup moins lorsqu’on attend d’elle qu’elle nous indique elle-même la direction à prendre.

Avant de vous inscrire, terminez donc cette phrase :

« À la fin de cette formation, je veux être capable de… »

Si vous ne savez pas quoi écrire après les trois petits points, votre projet mérite probablement encore un peu de travail.


2. Savez-vous précisément ce que vous ferez le lendemain ?

Imaginez que votre formation se termine vendredi.

Que faites-vous lundi ?

Vous retournez dans votre entreprise ?

À votre ancien poste ?

À un nouveau poste ?

Vous commencez à chercher du travail ?

Vous avez déjà identifié des employeurs ?

Vous créez votre activité ?

Vous devez encore effectuer un stage ?

Passer un concours ?

Obtenir une certification supplémentaire ?

La question paraît brutale, mais elle oblige à penser l’après.

Car la fin d’une formation peut ouvrir une période assez étrange. Pendant plusieurs mois, vous aviez un objectif très clair : apprendre. Soudain, cet objectif disparaît et il faut transformer ce que vous avez appris en situation professionnelle réelle.

C’est là que le projet peut se gripper.

Vous avez obtenu de nouvelles compétences, mais personne ne connaît encore votre nouveau profil. Votre CV raconte surtout votre ancien métier. Votre réseau appartient à votre ancien secteur. Vous avez peut-être un diplôme, mais aucune expérience dans le métier visé.

La sortie de formation doit donc être préparée avant l’entrée en formation.


3. Votre formation mène-t-elle réellement au métier que vous visez ?

Une formation peut être passionnante.

Ce n’est pas suffisant.

Avant de vous engager, regardez précisément ce qu’elle permet de faire ensuite.

La certification est-elle nécessaire pour exercer le métier ?

Est-elle reconnue par les employeurs du secteur ?

Quelles compétences recherchent-ils réellement ?

Les anciens élèves trouvent-ils du travail ?

À quels postes ?

Combien de temps après la formation ?

À quel niveau de rémunération ?

Dans quelles régions ?

Et surtout : les emplois existent-ils là où vous souhaitez vivre ?

TPC le rappelle dans ses 7 questions à se poser avant une reconversion professionnelle : un projet peut parfaitement vous correspondre personnellement et se heurter malgré tout à la réalité des débouchés.

Avant de choisir l’école ou l’organisme, faites donc une expérience très simple.

Cherchez 20 offres d’emploi correspondant au métier visé.

Regardez les compétences demandées.

L’expérience exigée.

Le salaire proposé.

Le lieu de travail.

Les diplômes ou certifications mentionnés.

Puis comparez avec le programme de votre formation.

Ce sont les offres d’emploi qui doivent confirmer la pertinence de la formation, pas seulement la brochure de l’organisme.


4. Que retrouverez-vous dans votre entreprise à votre retour ?

Si vous restez salarié pendant votre formation, cette question est essentielle.

Vous partez plusieurs mois.

Mais votre entreprise, elle, ne s’arrête pas.

Votre équipe peut changer. Votre manager aussi. Des projets peuvent être lancés. Des responsabilités redistribuées. Un collègue peut reprendre certaines de vos missions.

Et vous pouvez revenir profondément transformé.

Le décalage peut alors être important : vous venez d’apprendre de nouvelles choses, vous avez rencontré d’autres professionnels, découvert un autre univers et peut-être commencé à vous projeter ailleurs.

Puis vous retrouvez votre ancien bureau.

Selon le dispositif utilisé, vos droits et les conditions du retour ne sont évidemment pas les mêmes. Dans le secteur privé, par exemple, un salarié absent dans le cadre d’un projet de transition professionnelle conserve notamment ses droits liés aux congés payés et à l’ancienneté, comme le rappelle Service-Public.fr.

Mais au-delà du cadre juridique, il y a votre stratégie.

Qu’attendez-vous de votre retour ?

Reprendre votre poste en attendant de trouver ailleurs ?

Évoluer en interne ?

Faire reconnaître vos nouvelles compétences ?

Changer de fonction ?

Préparer progressivement votre départ ?

Plus vous aurez clarifié cette question avant de partir, moins le retour risque de ressembler à une marche arrière.


5. Avez-vous commencé à construire votre réseau avant même la formation ?

Voici une erreur assez fréquente :

« Je m’occuperai de chercher du travail quand j’aurai mon diplôme. »

Pourquoi attendre ?

La formation peut justement servir à commencer votre nouvelle vie professionnelle.

Identifiez des personnes qui exercent le métier visé. Rencontrez-les. Interrogez-les sur leur quotidien. Demandez-leur ce qu’ils pensent de la formation que vous envisagez. Regardez leur parcours. Repérez les entreprises qui recrutent.

Une fois en formation, continuez.

Les formateurs, intervenants, anciens élèves, entreprises partenaires et autres stagiaires constituent potentiellement les premiers membres de votre nouveau réseau professionnel.

Et profitez de toutes les occasions pour confronter votre projet à la réalité : stage, immersion, mission ponctuelle, bénévolat, projet personnel.

Dans « Je veux changer de métier, mais je ne sais pas lequel : par où commencer ? », TPC conseille justement de remplacer autant que possible le fantasme par l’expérience : quelques jours dans un environnement professionnel réel peuvent apprendre davantage sur un métier que des semaines à l’imaginer.

La formation vous donne des compétences. Le réseau et l’expérience vous aident à les transformer en travail.


6. Votre budget tient-il jusqu’à la formation… ou jusqu’au premier salaire ?

On calcule assez facilement le coût d’une formation.

Beaucoup moins celui de la transition complète.

Or il peut exister plusieurs mois entre le début de votre projet et le moment où votre nouvelle situation professionnelle devient financièrement stable.

Selon votre situation et le dispositif choisi, votre rémunération peut être maintenue totalement, partiellement ou ne pas l’être. Une formation suivie à l’initiative du salarié hors temps de travail n’est par exemple pas rémunérée, rappelle Service-Public.fr.

Mais pensez surtout à l’après.

Si vous changez de métier, commencerez-vous avec un salaire inférieur ?

Combien de temps risque de durer votre recherche d’emploi ?

Devrez-vous effectuer un stage ?

Acheter du matériel ?

Vous déplacer ?

Créer une entreprise ?

Attendre plusieurs mois avant d’avoir suffisamment de clients ?

Le témoignage de Jean-Paul, devenu sophrologue après une reconversion est éclairant sur ce point : la formation n’est qu’une étape ; il faut ensuite construire son activité et son réseau avant que la reconversion produise réellement des revenus.

Ne faites donc pas seulement :

BUDGET AVANT + PENDANT LA FORMATION

Ajoutez :

BUDGET DES 6 MOIS QUI SUIVENT LA FORMATION

C’est souvent là que se trouve le véritable besoin de sécurité financière.


7. Et si la formation confirmait que vous ne voulez finalement pas exercer ce métier ?

Ce n’est pas forcément un échec.

Vous pouvez commencer une formation convaincu de vouloir exercer un métier et découvrir progressivement sa réalité.

Les tâches vous plaisent moins que prévu.

Le niveau de rémunération est trop faible.

Les horaires ne correspondent pas à votre vie.

Les débouchés sont limités dans votre région.

Vous aimez apprendre le sujet mais pas nécessairement le pratiquer huit heures par jour.

C’est précisément pour cette raison qu’il vaut mieux tester autant que possible avant d’engager plusieurs mois de sa vie.

Rencontrez des professionnels.

Passez du temps avec eux.

Posez des questions sur les aspects moins séduisants de leur métier.

Demandez :

« Qu’est-ce que vous auriez aimé savoir avant de commencer ? »

Une reconversion réussie n’est pas forcément celle qui suit exactement le projet imaginé au départ.

C’est aussi celle qui permet de corriger la trajectoire suffisamment tôt.


LE PIÈGE À ÉVITER

Faire de la formation le projet.

Vous avez rempli le dossier.

Obtenu le financement.

Convaincu votre employeur.

Trouvé l’organisme.

Organisé votre absence.

Vous êtes accepté.

Tout semble prêt.

Mais lorsque quelqu’un vous demande :

« Et après ? »

La réponse reste :

« On verra. »

C’est là que le problème commence.

Une formation peut être une étape formidable.

Mais elle n’est ni un métier, ni un emploi, ni une clientèle, ni un revenu.

Le véritable projet commence à la sortie.


LE PETIT EXERCICE TPC

Prenez une feuille et tracez une ligne.

À gauche :

AUJOURD’HUI

Votre métier.

Votre salaire.

Vos compétences.

Votre statut.

Votre réseau.

Votre lieu de vie.

Au milieu :

LA FORMATION

Durée.

Coût.

Financement.

Compétences acquises.

Diplôme ou certification.

Stages et expériences prévues.

Puis, à droite :

SIX MOIS APRÈS

Écrivez ce que vous aimeriez pouvoir inscrire.

Métier :

Employeur ou activité :

Statut :

Salaire ou revenu espéré :

Lieu de travail :

Expérience acquise :

Réseau professionnel :

Plan B :

Regardez maintenant l’espace entre LA FORMATION et SIX MOIS APRÈS.

Qu’est-ce qui manque pour passer de l’un à l’autre ?

Des contacts ?

Une première expérience ?

Des candidatures ?

Un stage ?

Une certification ?

Une réserve financière ?

Une création d’entreprise ?

Vous venez d’identifier le véritable travail à préparer.


AVANT DE PARTIR EN FORMATION

Posez-vous ces questions :

□ Je sais précisément à quoi doit me servir cette formation.

□ J’ai vérifié qu’elle correspond aux compétences réellement demandées dans le métier visé.

□ J’ai étudié les débouchés professionnels.

□ J’ai regardé les salaires auxquels je peux réellement prétendre.

□ Je sais ce que je ferai immédiatement après la formation.

□ J’ai commencé à construire mon réseau dans mon futur secteur.

□ J’ai prévu la période financière qui suivra la formation.

□ Je sais ce que je veux faire si je retourne chez mon employeur.

□ J’ai envisagé un plan B si mon projet évolue pendant la formation.

□ Je peux expliquer en une phrase où cette formation doit me conduire.


ET MAINTENANT ?

Avant d’envoyer votre demande de congé ou votre dossier de financement, faites une dernière chose.

Ouvrez votre agenda à la date prévue de fin de formation.

Puis regardez les six mois qui suivent.

Que doit-il s’y passer ?

Premières candidatures ?

Rencontres professionnelles ?

Stage ?

Retour dans votre entreprise ?

Création d’activité ?

Recherche de clients ?

Changement de poste ?

Vous pouvez même commencer certaines de ces démarches avant le premier jour de formation.

Car la bonne question n’est finalement pas :

« Comment vais-je réussir à partir en formation ? »

Mais :

« Comment cette formation va-t-elle me permettre d’arriver là où je veux aller ? »

Si vous savez répondre précisément à cette question, votre formation n’est plus seulement une parenthèse.

Elle devient une étape de votre projet.

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