Ex-prof reconvertie : « on peut changer de métier ! »

portrait-selma_2Suite du récit de Selma, l’ex-enseignante qui a monté sa boîte. Elle raconte pourquoi elle a bifurqué et son dépit devant une machine Éducation Nationale qui peut aller jusqu’à détruire les individus. Aujourd’hui, elle respire.

« C’est drôle parce que l’enseignement, un métier vécu comme difficile et mal payé, est souvent considéré comme une bonne planque. Tout le monde imagine que quand on commence à être prof, on ne quitte pas le navire. Partir « pour de vrai » suscite la stupeur, et la réprobation. Et cela, surtout au moment de démarrer le projet de reconversion.
Parmi les principales raisons qui m’ont poussée à partir, il y a d’une part l’incompatibilité totale avec un système qui ne me correspond pas. Je m’identifie à Bruno, l’ingénieur devenu sage-femme évoqué sur toutpourchanger.com qui a été rebuté par des méthodes de formation d’un autre âge : absence de confiance, trop de pression, comportements infantilisants. »

Une situation ubuesque

« Tout est quadrillé, ta « carrière » progresse avec… des notes, comme les enfants. La note et ton revenu sont limités par des échelons gravis ne manière automatique. Quelqu’un qui obtient une très bonne note devient « éligible au grand choix », mais comme il coûte plus cher, on lui baisse sa note afin de freiner l’augmentation du salaire. Ça m’est arrivé ! Une bonne technique pour démotiver les troupes…
Je ne sais pas bien pourquoi mais les enseignants sont si mal considérés que quand on leur demande ce qu’ils font dans la vie, ils s’excusent presque d’être prof.
On juge ceux qui partent comme « n’ayant pas la fibre », l’enseignement étant un métier « pas comme les autres », une sorte de « vocation » ou de sacerdoce. 50 heures de boulot par semaine payés 1 800 euros par mois pour un bac + 5 avec 8 ans d’ancienneté et la moitié des vacances passées à travailler ! »

De nouveaux horizons…

« Il y a un peu plus de deux ans, je suis passée au journal de 20h pour présenter mon projet d’entreprise. Je craignais tellement le jugement des collègues, des parents d’élèves, que je n’en ai parlé à personne ! Mais ce soir-là, la terre entière s’était donné rendez-vous devant France 2 : j’ai été surprise par les encouragements de 100 % des parents d’élèves et d’une partie de mes collègues. Ceux qui n’osaient pas le dire devant les autres, et qui m’ont félicitée à mi-voix, entre deux portes, m’ont beaucoup touchée.
J’ai entendu : « Si je savais ce que je voulais faire, je ferais comme toi, je partirais. »
Mais quand j’ai commencé à réfléchir, il  y a cinq ans, je ne savais pas ce que je voulais faire. Je savais juste que j’allais mourir d’ennui et de désespoir si je restais, à l’intérieur. C’est à peine une métaphore : la collègue avec qui je travaillais en binôme est décédée pendant l’année scolaire. C’était ma copine, elle avait 35 ans. Mon amie d’enfance a passé l’arme à gauche moins de deux mois après, elle avait 31 ans. Ce vécu-là me motive chaque matin car je sais que chaque journée peut-être un cadeau. »

Le secret

« C’est beaucoup plus facile de partir quand on a encore du plaisir à enseigner, et qu’on n’est pas plombé par le burn-out et la dépression. Je suis fière d’être partie avec de supers notes mais aussi des parents et des élèves qui me regrettent, et que j’avais plaisir à retrouver. Or je sais que dans 20 ans, je n’aurais pas eu l’énergie nécessaire pour faire en sorte qu’une trentaine d’enfants apprennent dans de bonnes conditions.
Il n’y a pas de formule magique pour aller d’un point A à un point B. Il n’y a pas de garanties non plus : on n’est pas sûr de réussir son premier projet. Mais si on continue à chercher, si on se fait accompagner, qu’on apprend de ses erreurs, on finit par trouver.
En attendant, quand on entre en classe le matin, on ne peut que se demander si dans dix ans, on se voit toujours à la même place… ou et regrettera peut-être un jour de ne pas avoir essayé un autre métier. »
Découvrez les conseils de Selma pour monter votre boîte.

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39 commentaires

  1. Astride

    Eh bien , moi, je les ai les 55 ans redoutés et ma lettre de demande de dispo est prête après beaucoup d’énergie mise en oeuvre pour faire avancer les nombreux ados que j’ai essayé d’éveiller . Je voudrais maintenant pousser la porte et aller dehors. Avancer et faire avancer d’autres autrement . Je ne sais pas encore comment .Des suggestions ? Mais je souscris à ce que j’ai lu dans un certain nombre de témoignages : le poids des 35 copies de lycée, les routines et les flexibilités , les mauvaises réponses aux vraies questions etc. De l’air , de la fantaisie !

  2. François

    Bonjour,
    Comme beaucoup ici, j’ai lu chaque commentaire avec beaucoup d’intérêt.
    Contrairement à d’autres, je ne suis pas certain d’être un bon enseignant, pourtant j’aime ce métier.

    Suite à une visite-conseil désastreuse, je pense sérieusement à changer, mais changer pour quoi ?

    Avec un crédit immo, un crédit voiture et ma femme qui ne parvient pas à retrouver un emploi, je veux être sûr de mon coup, pas question de me retrouver le bec dans l’eau.

  3. Hermine

    Bonjour à tous,
    J’aurais besoin de conseils car je ne trouve pas ici de témoignage correspondant à ma situation. Je suis prof d’anglais depuis 2004, 12 ans donc. Je suis dans un lycée de centre ville, qui intègre aussi des séries technologiques.
    J’aime enseigner. Enfin, je devrais dire j’aime être devant les élèves. Quand je suis devant eux, je me sens bien, je n’ai pas de problème d’autorité, j’arrive à moucher les fortes têtes. Tout va bien, donc. Il m’arrive cependant d’arriver au lycée avec la boule au ventre, ou crevée parce que j’ai passé ma soirée à bosser.
    Ce que je ne supporte plus, c’est le travail et le temps que je passe à l’extérieur de la classe à préparer des cours et corriger des copies.
    Les petites vacances sont une torture, car j’essaye de récupérer mon retard et surtout mon sommeil, et je culpabilise toujours de ne pas travailler quand je passe du temps avec ma famille. Je travaille comme une folle pendant les weekends. Ce qui me pèse le plus, c’est de ne jamais avoir l’esprit tranquille. En vacances, ou quand on fait une bouffe à la maison, ou quand ma sœur vient passer le weekend à la maison avec sa famille, je pense tout le temps à ce qui me reste à faire pour le lundi. Quand je promène mon chien, j’organise dans ma tête mes cours du lendemain. Je ne sors jamais ni ne fais aucune activité à l’extérieur, car je n’ai jamais le temps ni l’esprit à ça. Mes loisirs se limitent à regarder la télé, écouter beaucoup de musique (en travaillant) et surfer sur Internet. Je voudrais tellement avoir un boulot que je ne ramène pas chez moi. J’étouffe de ne jamais avoir l’esprit libre. J’ai 3 enfants, et le weekend on ne fait quasiment jamais aucune activité ensemble parce que j’ai toujours du boulot pour le lundi. Je précise que je n’utilise jamais les fichiers pédagogiques ni les fichiers élèves des manuels, ni même les exercices, car ils ne correspondent pas à ma façon d’enseigner. Je crée tous les cours et exercices, les fiches de vocabulaire pour mes BTS. J’utilise le manuel uniquement quand je juge les documents pertinents. Je suis très perfectionniste. Mon mari est prof aussi en collège et se sent bien dans son boulot. La masse de travail qu’on a en lycée est incommensurable, on n’en a jamais fini, sauf le 15 juillet quand le bac est terminé. C’est le seul moment où je peux enfin vivre, le reste de l’année je me sens oppressée, comme si j’étais en prison… C’est très dur à supporter. J’étouffe, je me noie. J’ai bien essayé de monter ma petite entreprise de rénovation de meubles, mais ça n’a pas marché car l’enseignement me prenait trop de temps. Je suis actuellement à temps partiel et redoute de repasser à plein temps, car cela n’a rien changé à mon malaise, ça l’a même empiré car je culpabilise d’être toujours à la bourre alors que j’ai quand même beaucoup de temps pour préparer.
    Voilà, je voulais vous faire part de mon malaise. J’envisage de me tourner vers l’hôtellerie (avec mon niveau d’anglais) ou un travail administratif dans les collectivités territoriales, comme secrétaire de mairie par exemple, où j’aurais quand même un contact humain tout en ayant des tâches informatiques etc, ou pourquoi pas manuel (j’aime beaucoup bricoler, réparer des choses, peindre des meubles…). Mais comme beaucoup d’entre vous j’ai peur de sauter le pas, je ne sais pas exactement ce que je voudrais faire, j’ai du mal à évaluer les risque pour moi et ma famille. Je viens d’avoir 40 ans et je sens que c’est maintenant ou jamais, je ne veux pas me réveiller exténuée et rabougrie à 55 ans quand ce sera trop tard.
    Si vous avez des conseils, des remarques, je suis preneuse.
    Merci à tous de m’avoir lue.

    • Sophie

      Hermine ! Quand je te lis j’ai l’impression de m’entendre et de me voir. Je suis comme toi, prof d’anglais en Lycee depuis 1996 !! J’ai fait un burn out il y a 4 ans mais mal accompagnée je ne m’en sors toujours pas . Et j’adore mes élèves mais je n’en peux plus de corriger, préparer et ne JAMAIS décrocher … j’ai pourtant fait des stages pour me remotiver ( clic sur la classe inversée, différenciation, évaluation positive, stages du CIEP à l’étranger ) mais le poids et la boule au ventre restent. Impossible de concrétiser les nouvelles idées… trop de boulot au quotidien ( 20 heures de cours… pas les moyens d’être à temps partiel … mes enfants commencent les études supérieures)
      Je ne sais plus comment faire … mais tu n’es pas seule … courage dis moi si tu as évolué !

    • Barbara

      Bonjour Hermine,
      Merci pour votre témoignage, en lissant votre message je me reconnais à 100%. Je suis professeur d’anglais et je suis en congé longue maladie depuis janvier 2017 car j’ai fait un burn out, plus d’énergie pour avancer. Lire tous ces témoignages me donne du courage car je ne me sens pas seul dans cette situation, je culpabilise moins. Tout ce que vous dites est tellement vrai par rapport au stress lié à notre métier, à mon envie de bien faire….après tout ce temps en congé j’ai toujours des cauchemards par rapport à mon lycée, les copies, les collègues, la longue route quotidienne( 2h30)….et pourtant j’adorais mes élèves, mon travail dans la salle de classe…mais je suis complètement cassée, plus la même. La seule solution pour moi c’est la démission car je suis incapable à ce jour d’être devant une classe…j’ai perdu la confiance en moi et j’espère la retrouver un jour. J’espère que tu vas mieux. Courage!

  4. Chris

    Bonjour à tous,
    J’ai lu chaque témoignage de cette page et ça fait un bien de fou de voir que ce que l’on ressent est normal ! Alors pour moi le métier d’enseignant n’a jamais été une option envisagée jusqu’à l’année dernière après une année passée comme assistante d’éducation et pédagogique dans un lycée professionnel. Avant j’avais été pionne mais cela ne m’avait pas donné envie d’enseigner. Mais il se trouve que j’ai bientôt 38 ans et à un moment donné il faut se stabiliser ! Donc sur les conseils et encouragements de mes collègues je me suis inscrite au CAPLP Lettres histoire et au master y préparant (j’ai une licence de lettres et une en sciences de l’éducation ) J’ai donc fait ma rentrée en septembre et demain je dois commencer mon stage de pratique accompagnée de 3 semaines. Mais depuis début décembre je doute sérieusement de ma volonté d’aller jusqu’au bout du parcours car je ne me vois toujours pas enseigner, bien que les cours soient très intéressants et les enseignants compétents. Ayant arrêté les études depuis 2006 je trouvais normal d’être à la ramasse au début mais voyant que je ne suis toujours pas à l’aise fin décembre je ne pense pas pouvoir assurer même si certains pensent qu’en lycée pro ce ne sera pas nécessaire de trop se fouler, ce qui n’est pas du tout mon avis… Pour moi si je ne maîtrise pas la matière je ne vois pas comment je pourrais prétendre transmettre quoi que ce soit aux élèves et encore moins les y intéresser. Enfin face à mes doutes, j’ai plutôt l’intention d’arrêter la formation. Je suis encore assistante pédagogique cette année et ça se passe très bien avec les élèves parce que je n’ai la responsabilité d’enseignant. Rien que l’idée d’enseigner me donne mal à la tête alors que j’ai un très bon rapport avec les élèves. Du coup je sais que l’EN ne fait pas de cadeau mais je pense plutôt tenter le capes pour devenir CPE malgré la difficulté du concours due aux nombrepeu élevé des postes… je sens que je serai beaucoup plus à l’aise sur ce poste que je connais quand même pas mal. Demain j’irai sur mon lieu de stage pour annoncer ma décision je préfère m’arrêter maintenant plutôt que perdre mon temps et en faire perdre aux autres. J’entends déjà les réflexions des proches car beaucoup comptent sur moi mais je me sens vraiment mal et quand j’envisage d’arrêter je me sens comme libérée d’un poids. D’ailleurs j’ai postulé comme contractuelle pour un poste de CPE et je vais aussi tenter les concours administratifs : tout sauf enseignante !

  5. Ping : Quelle Reconversion Quand On Est Professeur ? | Superprof
  6. Natsu

    Bonsoir à tous.
    Quelques nouvelles depuis mon dernier passage.

    Suite à mon dernier message, je me suis mis en arrêt maladie pendant deux mois, mon médecin ayant diagnostiqué une dépression ayant affecté ma santé. (baisse de tension, carences alimentaires sévères et j’en passe…)
    Le médecin m’a demandé trois choses: Manger, Dormir, et surtout voir du monde pour me changer les idées.
    J’ai appliqué ses conseils à la lettre mais cette période de maladie est loin d’avoir été si reposante que je ne l’espérais.
    L’ESPE à laquelle j’appartenais ainsi que les professeurs référents n’ont cessé de me cribler de mails. Les 15 premiers jours, je parvenais à répondre. Mais au fil des jours, la simple pensée d’ouvrir ma boîte mail devenait une épreuve insurmontable tant cela était angoissant.
    Je réalise avec le recul que j’ai été victime de harcèlement moral.
    Au bout des quelques semaines, je décidé d’arrêter de répondre aux reproches et autres leçons de moral quotidiens et à des questions reletives à ma vie privée et qui ne regardait personne d’autre que moi.
    Et là, la blague. Ne répondant plus aux mails, j’ai eu droit aux appels téléphoniques. J’ai failli devenir fou.
    En ayant plus qu’assez, j’ai repris contact avec mon médecin (un homme formidable) qui a spontanément contacter l’ESPE en les informant que leurs appels incisifs à mon égard affectaient gravement ma santé et que des procédures contre eux seraient lancées si les appels et autres mails continuaient d’affluer. Depuis ce jour, je n’ai jamais été recontacté et ma démission a pu se réaliser dans la plus grande quiétude.

    Si je peux donner un conseil aux personnes qui souhaitent réellement partir et qui ont peur: soyez bien entouré !

    Suite à ma démission, j’ai rapidement trouvé du travail en tant que VRP. Très peu concluant, je n’ai travaillé que trois semaines et j’ai mis fin à ma période d’essai.
    Peu de temps après, j’ai répondu à une annonce pour devenir conseiller de vente en véhicules neufs pour une grande marque automobile. Résultat, je suis embauché en CDI et formé intégralement aux frais de l’entreprise et je me sens vraiment épanoui dans ce nouveau travail où les personnes que je côtoie ont un besoin auquel je réponds et avec qui je peux avoir de vrais échanges. Chose que je ne trouvais pas chez 80% des élèves qui voulaient juste se barrer du collège pour jouer à la ps4 ou passer leur journée à faire des snaps.

    Pour conclure: n’ayez pas peur de vouloir être heureux et de vivre autre chose. Contrairement à ce que l’EN et une partie du personnel infecte qui la compose peuvent vous dire, vos diplômes et votre expérience professionnelle ont de la valeur et peuvent vous permettre de rebondir.
    Si vous restez par simple peur de l’avenir (comme ce fut mon cas au départ), dîtes vous que passer votre présent à travailler comme un fou, à pleurer 3 fois par semaine, à s’isoler et à passer les nuits à cauchemarder au sujet du boulot n’est pas la solution, et qu’après 10 ou 20 ans à vous être dépassé pour ce boulot qui vous rends malheureux, vous penserez sans aucun doute que vous aurez raté de très belles opportunités.

  7. Alex

    Que dire ? Je suis atristé de voir que l’Educ s’ obstine à broyer plutôt qu’à encourager ses profs.
    Je suis aussi désespérée que vous mais moi pour la raison inverse. Je suis enseignante depuis 10 ans en établissement consulaire. Et un jour, il y a eu une vague de licenciements… Ca fait plusieurs mois que je recherche un poste stable même en cdd mais sans succès.
    J’ai plusieurs fois passé le concours, toujours admissible…
    Je connais les élèves difficiles (insolents voire menaçants), les classes à 32… Des journées difficiles mais jamais découragée.
    Franchement, j’en suis malade de ne plus pouvoir enseigner, j’ai beaucoup de mal à garder le moral.
    Vous voyez, comme disait une personne plus haut, tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir.
    En ce qui me concerne, je sais où je veux mettre les pieds et je suis préparée au passage du rouleau-compresseur.

  8. Sandra

    Bonsoir (ou bonjour selon l’heure…)
    Je ne sais pas si je dois être rassurée de lire tous ces commentaires qui font écho à toutes mes interrogations ou bien gravir un échelon de plus dans la dépression dans laquelle je me trouve depuis 6 mois…
    En effet, au retour des vacances de Pâques dernières, j’ai repris après un mois d’arrêt pour surmenage (et autres prb de santé qui en découlent, évidemment). Et puis au bout de deux jours, après un stage où d’anciens collègues ont dit ne plus me reconnaître (vu l’état physique et mental dans lequel j’étais), l’insidieuse dégringolade a fait son oeuvre. Le soir, j’ai été incapable de préparer ma classe pour le lendemain. Tétanisée devant mon ordi, devenu le compagnon de mes nuits, vissée au fond de ma chaise ou usant le carrelage de ma cuisine, je n’ai pu envisagé remettre un pied à l’école. Oui, au bout de huit années à tourner en rond dans cette machine qui tourne à l’envers, j’ai fait un blocage. J’ai pleuré toute la nuit. De ces larmes que l’on enterre au plus profond de soi pour qu’elles ne remontent jamais. La honte et la culpabilité, mes deux plus fidèles amies, m’ont envahie ce soir là. Le lendemain, je m’asseyais dans le fauteuil du cabinet d’un psychiatre trouvé en ville rapidement et me suis noyée dans mes larmes qui ont fini d’achever le peu de mascara que je réussissais à sauver coûte que coûte depuis des mois. Le couperet est tombé, je suis au bout du gouffre, au bord du rouleau, bref en état de survie. Shootée aux antitrucs et au anxiomachins, je suis placée en congé longue maladie. Congé que j’ai moi-même rompu en reprenant en septembre…refusant l’échec, je voulais me donner une chance de réparer tout ça. Mais une petite voix lointaine, coincée entre le lobe frontal et le lobe temporal de mon cerveau fatigué, me dit de mettre les voiles…mais vers quels horizons?

  9. Natsu

    De retour ici pour donner des nouvelles depuis mon dernier message il y a de ça un bon moment. (31 décembre 2015)

    J’ai terminé ma première année de stage avec pour résultat un renouvellement et non une titularisation. Je devais à la base être muté sur Créteil dans un établissement de Seine-Saint-Denis mais j’ai décidé de renouveler mon stage afin de rester dans mon académie d’origine en pensant que les choses seraient plus « faciles » pour une seconde année. Or… ce n’est pas le cas.

    – Pour revenir sur l’année précédente, les choses ne se sont pas arrangées depuis le 31 décembre 2015. Au contraire, fatigues physique et émotionnelle ont été mon quotidien. Un jour, une très bonne amie m’a demandé de sortir boire un verre avec d’autres personnes. J’ai énormément hésité car il était déjà 22 heures et je n’avais toujours pas achevé mes cours pour le lendemain. Mais j’y suis allé, et cela m’a fait énormément de bien, et je suis sorti plus souvent…
    Conséquence cependant et désastreuse, ces sorties si bénéfiques pour mon équilibre mental n’ont au final fait qu’accentuées mon angoisse lorsqu’il s’agissait de retourner au collège.
    L’angoisse était si forte que j’ai eu l’impression de sombrer petit à petit dans la folie. En ce qui concerne l’ambiance au collège, je me retrouvais devant 3 classes dont 80% des élèves étaient amorphes et se foutaient royalement des heures entières que je passais pour concevoir une heure de cours.
    Au final, je n’ai fait que multiplier les arrêts maladies et ait carrément été arrêté un mois pour dépression début juin.

    Aujourd’hui, je suis mûté dans un établissement assez éloigné de chez moi (30 minutes de voiture), je devais reprendre aujourd’hui et j’ai été incapable de me rendre dans mon nouvel établissement car submergé par l’angoisse. (j’étais en collège l’an dernier et suis passé en lycée)
    Je ne vous raconte pas ma soirée d’hier. Crises d’angoisse, vomissements à répétition rien qu’à l’idée de m’exposer face à de nouvelles classes qui n’auraient rien à cirer du travail que je fournis pour eux.
    Mon collège l’an dernier était considéré comme un établissement « facile » et pourtant, nombre d’élèves étaient vicieux ou dérangés. (harcellement moral, voire sexuel envers d’autres élèves, langage grossier, bavardages, moqueries, jets de projectiles, menaces dont j’ai été moi-même victime)
    Cette année, mes collègues m’ont prévenu en me disant que les bavardages étaient le lot quotidien de chaque collègue travaillant là bas.

    Je n’ai plus la force de reprendre. J’ai passé ma nuit à larmoyer sur un métier que j’idéalisais et que j’aimais de tout mon coeur lors de mes études. Je savais que tout ne serait pas rose, mais j’étais loin d’imaginer que tant de choses seraient si noires.

    Après des heures à faire les 100 pas dans mon appartement à mesurer le pour et le contre au sujet de ce métier qui aujourd’hui me dégoûte, j’ai décidé de faire le pas et de sortir de cette machine infernale qu’est l’Education Nationale.

    Il est vrai que partir, c’est renoncer à 2 mois de vacances, c’est renoncer à une sécurité de l’emploi, c’est prendre le risque de repartir de zéro sans être sûr de trouver quelque chose derrière. C’est renoncer à des projets et c’est l’inquiétude financièrement parlant. Et partir de l’Education Nationale revient-il à renoncer à une retraite?
    Voilà ce qui, je pense, effraie bon nombre d’enseignants et les contraint à rester dans une spirale que je qualifierais presque de mortifère.

    – Je me voilais la face avec tous ces arguments jusqu’à aujourd’hui. J’ ai réalisé que j’ai mis ma santé physique et mentale en danger, et qu’en continuant d’insister grossièrement, je finirai un jour par m’écrouler ou à être tellement atteint moralement que mon corps fera une réaction extrêmement violente.
    Peut-être que je ne serai pas heureux dans l’immédiat en renonçant à ce métier, mais ce que je sais, c’est que je refuse de vivre pendant 40 longues années au ralenti, je refuse qu’on se foute de ma gueule pendant 40 ans, je refuse de travailler jours et nuits pour des élèves qui ne pensent qu’à Pokémon Go à longueur de journée pendant 40 ans. Et je refuse tellement d’autres choses…

    Enfin, tout de même une chose à savoir. Lorsqu’on est stagiaire, il faut respecter un préavis de 1 mois avant la date souhaitée de démission. Par exemple, si j’envois mon recommandé de démission aujourd’hui (5 septembre), ma démission ne sera effective qu’au minimum le 5 octobre. Qu’est ce que c’est que cette blague? L’administration ne réalise t’elle pas qu’une demande de démission se fait lorsque la personne est à bout physiquement et moralement? et on veut la faire travailler un mois de plus? Quelle blague…

    Autre blague, l’administration dispose de 4 mois pour répondre à votre demande de démission, et peut, tenez vous bien, REFUSER votre démission si le coeur lui en dit!!! C’est à dire que je vais devoir demander à mon médecin traitant de m’arrêter plusieurs mois, avec incapacité pour moi de chercher un autre métier.
    Serait-il donc illégitime de qualifier l’EN de prison?

    – Ce que je sais, c’est que personne ne m’obligera à retourner dans des centres où l’on forme de futurs imbéciles.

    Je suis en colère, en colère car j’ai toujours eu d’excellents contacts avec les enfants, et même les ados. Mais le contexte de l’école les rend pour beaucoup différents, plus méchants, plus vicieux. Cette réalité des choses et ce métier ont brisé une petite partie de moi, que je ne retrouverai certainement jamais.

    Je conclurai en disant que j’ai un immense respect pour tous ces professeurs courageux qui parviennent à tenir et à aimer leur métier malgré les difficultés. Mais ce même respect existe pour toutes ces personnes qui ont été courageuses, mais qui se sont détruites au détriment d’individus malintentionnés, et je suis loin de ne viser que les élèves.

  10. Lilou

    Et pourtant, comme je l’aime ce métier et quel bonheur chaque jour d’aller à l’école.
    L’horreur pour moi c’est tout ce qui gravite autour, à l’extérieur de la classe, de la part des adultes toutes fonctions confondues… des fous persuadés de détenir un pouvoir ou le savoir…
    L’image de l’hôpital d’un précédent commentaire convient parfaitement.

  11. Lilou

    Depuis 1994, l’enseignement spécialisé m’a permis de surnager entre la joie d’enseigner et un incidieux découragement innommable.
    Je conseille aux stagiaires que je rencontre de se sauver, de s’échapper. Je les assure qu’il est encore temps.
    C’est pathétique !!

  12. Carine L

    Bonjour et moi après 16 dans le privé en tant que cadre et cadre sup et un burn out j’envisage très sérieusement de devenir institutrice. Vos témoignages ne m’encouragent pas et me font même très peur… Y a-t-il des profs ou instits heureux ? Merci pour vos réponses. Carine

    • Co

      Bonsoir Carine
      Je tombe par un grand hasard de clics sur votre message…je suis instit depuis 7 ans apres avoir été cadre du privé pendant 5 ans. J ai la responsabilité d une classe de CP depuis 3 ans et la plupart du temps les journées sont belles, les semaines passent vite et l année scolaire défile à toute allure…après comme dans tous les métiers, il y a des journées plus difficiles et on tombe parfois sur des personnes de mauvaise foi…c’est pour ça que j apprécie autant le contact avec les enfants! Et quelle chance pour sa vie familiale…j’ai 2 enfants de 4 et 7 ans, et avoir le même rythme que ses enfants est un réel bonheur pour les accompagner dans leurs découvertes et épanouissement. Dans la vie rien n’est jamais noir ou blanc, rien n’est irréversible non plus…essayez et vous verrez si le métier vous convient. Beaucoup de circonscription recherche des vacataires compte tenu de la pénurie de remplaçant. Çe peut être un début pour se faire une idée. Bon courage dans votre réflexion.
      Co

        • Lilou

          Wouahou !! Merci de vos audacieux témoignages.
          Au lendemain de la rentrée, je découvre ce vertige devant le sentiment de culpabilité mêlé de frustration de vos échanges.
          Comme un écho à la petite voix que je tente en vain de faire taire depuis 30 années de métier.
          Je voulais éradiquer la bêtise et l’ignorance. C’est l’école qui en est le vivier.
          Au sein du système, je cherche une issue que l’AIS devenu ASH ()

  13. Youna

    Bonjour, nous voici en fin d’année scolaire après 15 ans d’enseignement, je ne sais pas pourquoi, trop de pression, de réunions à n’en plus finir, cela fait 2 ans que je ne suis plus motivée, trop de cours différents, avec 11 niveaux cette année, c’est trop, et 3 préparer bac, cela devient compliqué pour moi.Je rêve de trouver la force de changer, je suis passée en hors classe, pour 70 euros de plus, bon OK, mais j’aimerais trouver une formation pour me reconvertir, je ne sais pas vers quelle organisme aller au moins pour m’aider à réfléchir…

  14. Nicolas

    Bonjour, je viens de tomber sur ce forum qui me fait beaucoup de bien. Je suis maître auxiliaire (remplaçant) en collège en physique-chimie. Je passe cette semaine le concours interne pour espérer être titulaire à la rentrée prochaine…
    Je voudrais simplement témoigner sur le fait que les concours de recrutements sont difficiles, on a la pression, on ne sait pas ce qu’ils attendent avec précision à l’oral, on nous envois au bout de la France… on a l’impression que l’on va obtenir le sésame pour être ministre… mais non juste pour être prof ! Il paraît que l’éducation nationale a du mal à recruter, alors pourquoi mettre des embûches à celles et ceux qui passent des concours pour se stabiliser dans le métier ?
    Un candidat refusé au concours n’est pas reconnu en tant qu’enseignant par contre il peut continuer à enseigner en tant que remplaçant à moindre coup… c’est ça l’éducation nationale ?
    Si cette année je ne suis pas lauréat du concours, je pense changer de branche. J’enseigne depuis bientôt 4 ans. J’ai un master dans la chimie des matériaux. A 29 ans, pensez-vous qu’il est temps de faire autre chose ? Je vous pose la question car ces concours sont tellement incertains et je ne me vois pas continuer en tant que maître auxiliaire… Je suis très inquiet !! Merci d’avance pour vos réponses.

  15. Michelle

    Je viens d’arriver par hasard sur ce site. Natsu et Virginie : partez !
    Vous êtes jeunes,vous avez une vie à construire, quitte à prendre une année pour vous retourner. Qu’est-ce qu’une année sur une vie ? L’Education nationale détruit enseignants et élèves : j’ai été une enseignante exemplaire pendant 24 ans …En CLM depuis janvier 2015, ma hiérarchie ne m’a proposé aucune solution de reconversion.
    Je prépare seule des concours administratifs, dont celui des IRA.
    Je me bats pour réussir à en sortir. Pas évident à 52 ans.
    Prenez le large maintenant, alors que c’est encore facile.

  16. Natsu

    2 sentiments me parcourent lorsque je lis les différents témoignages.Heureux car je ne me sens pas seul, et affligé de constater à quel point être enseignant est difficile notamment sur la reconnaissance accordée.
    Je ne suis même pas encore prof titulaire, je suis fonctionnaire stagiaire en 2ème année de master. L’enseignement a toujours été pour moi une passion et j’ai pris grand plaisir à enseigner en stage l’an dernier lors de mon master 1. Cette année est pour moi la désillusion totale. Je n’assure que neuf heures par semaines et ce depuis seulement 4 mois, et pourtant, un sentiment de profonde tristesse me parcours en quasi permanence. Je passe ma vie à bosser entre l’élaboration des cours (aucune formation ou aide concrète en 4 ans d’études), le mémoire et les cours à l’ESPE.(qui prend plaisir à nous demander des tonnes de dossiers à faire en « interdisciplinarité », avec des personnes qui ont des emplois du temps qui diffèrent totalement des notres, pratique pour se retrouver pour travailler.)
    Avec mes collègues fonctionnaires stagiaires, nous avons le sentiment d’être pris pour des merdes. (je ne trouve pas moins vulgaire comme terme)
    En établissement, c’est pareil, c’est chacun pour soi et dieu pour tous. On se retrouve expulsé devant des classes d’élèves devant lesquelles nous devons dés le premier jour être irréprochables. (eh oui, car la moindre faiblesse est synonyme d’année gâchée, il ne faut rien laisser paraître)
    Les exigences qui nous sont demandées pour l’élaboration des séquences sont surréalistes, et attention si l’on ose poser la moindre question. On vous regarde avec des yeux ronds. Ben oui on a eu le capes, (qui n’aborde en rien le métier à proprement dit) donc on est censé avoir la science infuse et tout maîtriser…
    Eh bien non, personnellement, je ne maîtrise rien du tout. Je suis tout le temps dans l’urgence, je termine la plupart de mes cours pour le lendemain. (souvent vers minuit, je me sens très frais après le matin à 6 heures car oui, l’établissement dans lequel j’exerce est à 1 heure et 10 minutes de chez moi)
    Je me sens profondément isolé de tout et de tous. Ma vie est devenue un véritable calvaire, mes amis me trouvent changé, et je ne sors pour ainsi dire plus du tout. Je fais des cauchemars lié au métier quasiment chaque nuit. J’ai été tenté parfois d’utiliser le manuel pour m’épargner quelques heures de travail mais non, ce n’est pas possible, car attention aux réprimandes du tuteur ESPE qui vous dit gentillement que vous filez droit vers la non titularisation.
    La pression du travail est grande en soi, mais celle des gens qui nous encadre est encore plus destructrice. On vous regarde comme un moins que rien lorsque vous osez dire que vous êtes fatigués. Bref, je songe déjà à me reconvertir. Mais mettre 5 ans d’études en l’air pour repartir de zéro, c’est super dur. Puis sur quoi repartir? Là est toute la question.
    Je comprends de nos jours pourquoi les gens rechignent de plus en plus à devenir prof, et je regrette énormément d’avoir choisi cette voie. Je souhaiterais réellement revenir en arrière et me diriger vers autre chose.
    Au fond de moi, je pense qu’être prof est réellement un très beau métier, mais que le système le rend particulièrement infâme. Le taux de suicide chez les enseignants vient de surpasser celui des employés de France Telecom, qui était déjà particulièrement élevé. Personnellement, j’aime la vie et je n’ai aucune envie d’en arriver à cette extrême, mais j’ai l’impression d’être mort à l’intérieur depuis que j’ai commencé à enseigner.
    Pour ceux qui veulent à tout prix enseigner, renseignez vous bien et ayez le torse bombé, car vous vous engagez dans une aventure extrêmement difficile, que je compte personnellement stopper immédiatement une fois qu’un projet aura émergé.

    • Virginie

      Oh Natsu ! J’ai l’impression de m’entendre quand je te lis, fonctionnaire stagiaire aussi, exactement le même sentiment, j’en pleure tous les jours ! C’est étrange car ça me fait plaisir de te lire, peu de stagiaires disent ce qu’ils pensent et me regardent bizarrement quand je dis que je craque sous la pression. J’ai bien essayé d’en parler aux formateurs qui font la sourde oreille.Si tu repasse par là contacte moi par mail virgini.olivier@gmail.com

      • Bell

        Salut Virginie, je suis PES cette année, et tout comme toi et Natsu, je ne me sens pas prête à affronter ce métier pendant 25 ans, deux mois à peine après la rentrée je suis démotivée, perdue, déprimée…. as-tu continué ou as tu arrêté?

    • Ladykass

      Mon dieu natsu j’aurais pu écrire cela mot pour mot c’est incroyable. Je suis néo titulaire et dieu merci j’ai eu un magnifique bébé cette année cela m’a permis de rester loin de ce métier plusieurs mois et je redoute la reprise. Dès mon année de stage j’ai compris que je ne m’adapterai jamais ce travail me déprime je suis moi plp le travail en lycée professionnel est très compliqué aussi… Je suis tellement déçue autant d’étude pour ça quel gâchis. Je ne sais plus quoi faire je veux absolument me reconvertir aussi mais dans quoi. C’est difficile de se remettre à chercher une orientation quand pendant des années on a été aussi sûre de ce qu’on voulait faire…
      Bon courage à tous. Nous devons tous trouver le courage de partir et rebondir.

  17. Thierry

    Wahouh!! En regardant tout vos commentaires j’ai l’impression d’avoir trouvé ma communauté,c’est à la fois triste et encourageant.
    20 d’enseignement dont à peu près la moitié à me dire mais qu’est ce que je fais là?
    Alors j’ai bien essayé de prendre des postes à responsabilité dans différents collèges mais là c’est encore pire car on s’aperçoit des 2 facettes du systèmes
    Après avoirdevissé j’ai décidé de me mettre en dispo
    Mais j’avoue que j’aurai besoin d’aide si les personnes qui ont monté leur boîte pouvaient me donner des conseils j’avoue que cela serait un beau cadeau de Noël
    Merci à tous
    t.geirnaert@hotmail.fr

  18. maki

    Je suis agréablement surpris par témoignages car je les trouve d’une grande sincérité et surtout similaires. Cela prouve que cette machine « education nationale » est un rouleau compresseur et qu’il est urgent de réagir et ne pas se laisser abattre au risque d’y laisser ses plumes. Pour être honnête , je suis enseignant au lycée depuis 9 ans presque et je ressens exactement la même chose, je suis complétement scotché face à ces différents témoignages. Je suis en plein questionnement sur mon avenir professionnel mais je constate que les issues de secours ne sont pas nombreuses pour nous permettre de tirer profit de notre expérience professionnelle, il faut tout reprendre à zéro et cela est encore plus stressant.

  19. nathalie

    Cela fait du bien de voir que l’on n’est pas seule à ressentir la même chose. Moi non plus, je ne vais pas bien du tout. Cela fait 5 ans que j’essaie de « sortir du système » et c’est compliqué: l’obligation d’assurer financièrement pour les enfants bientôt étudiants, la difficulté d’être mobile, quand on a une maison et une famille… La famille qui dit « tu as bien de la chance d’avoir du travail…. »

  20. Keltouma

    Ton message Driss m’a beaucoup touché. Comment avez vous gerer votre arrêt de la profession. Je suis enseignante dans un college et je ne supporte plus tant de manque de considération et d’autoritarisme face aux divers directions. Pour ma part, je ne vais pas bien du tous. Peut on echanger par email , titouma@hotmail.com
    Merci

  21. Driss

    Je poste ce commentaire bien trop longtemps après. Mais il prouve Selma que d’autres professeurs continueront à marcher dans la tract de vos sillons dorés, esseulés, usés et broyés par ce rouleau compresseur qu’est l’éducation nationale.

    Que j’aimais ce métier au point d’avoir décidé de pousser jusqu’au doctorat et de passer le concours du CAPES et plus tard de l’agrégation de lettres. Mais ce pauvre enthousiasme placé rapidement sous assistance respiratoire a été débranché par les statuts ingrats qu’on vous impose (TZR : mot ovni pour une charge ovni); une petite administration mesquine qui trouve son exutoire dans le conflit et sa tentative de résolution à coup de petits rapports pathétiques, et de notes administratives; des taches ingrates qui s’accumulent et qui vous brise un être humain; l’absence de considération; la boule au ventre d’être seul dans certaines classes où l’hostilité est reine; le bavardage qui devient votre pire cauchemar. Et un beau jour cela finit en longue dépression. Et vous cumulez vos trophées sous forme de congés maladie, de congés longue durée. Vous êtes dans la déconsidération la plus totale. Vous n’avez pas de perspectives salariales, vous n’avez plus envie de vous battre.
    Et pourtant une voix hurle au fond de vous même de ne pas renoncer. Parce que vous avez évolué avec une grand-mère et une maman qui se sont battues comme des poètes pour s’en sortir, parce que vous avez eu une jeunesse placée sous le signe du sport qui vous a donné la rage au cœur.
    Ainsi, après être parti deux mois à l’étranger je me suis dit qu’il fallait sortir de cet hôpital qu’était l’éducation nationale et qui n’en finit pas d’entasser ses malades. Avant que cela ne se termine en drame. Et le drame, c’est celui de croire qu’il n’y a pas d’autres perspectives, et qu’après tout tenir encore 25/30 ans dans la peau d’un enseignant devrait être gérable.
    Quand vous avez réussi psychologiquement à casser ce plafond de verre qui empêche de prendre votre envol parce qu’on vous a enfoncé ce commandement au fond de la gorge – d’enseigner tu n’arrêteras pas car il n’y a pas de meilleures perspectives -, le rendez-vous avec l’émotion est garanti. Ce sont d’autres gageures qui vous attendent. Plus épanouissantes, plus heureuses sur le plan professionnel, humain et social. Les moulins, vous les laissez à d’autres Don Quichotte !

    • Véronique

      Merci Driss pour ce témoignage, c’est tout à fait ce que je ressens, oser aller casser ce plafond de verre, s’affirmer face à cette pression de la fonction de privilégié… Je n’en suis qu’au 1er impact et j’espère avoir le courage d’aller jusqu’au bout !

  22. Caro

    Je suis moi même enseignante depuis 18 ans, toujours attirée par la discipline enseignée ainsi que le relationnel avec les élèves mais néanmoins, depuis plusieurs années déjà, ai l’impression de naviguer à contre courant; d’aimer mon métier certes mais de réfuter les conditions et le cadre dans lequels je
    l’exerce.
    Pareil « décalage » m’ôte désormais l’envie de m’investir et
    m’installe dans un confort appauvrissant.

    Je souhaiterais aussi vivement pouvoir sortir de cette torpeur mais suis actuellement déroutée et donc dans l’impossibilité totale de choisir « ma »piste.

  23. zennadi

    Je me retrouve tellement dans cet article Selma !
    Je suis toute nouvelle dans la profession et ne me sens pas du tout en adéquation avec le système. Pour autant j’aime enseigner et j’ai cette passion !
    Je ne sais pas comment m’y prendre car j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais… j’aurai bien besoin de vos témoignages face à la montagne d’éléments à affronter lors de la prise de décision. Comment s’y prendre concrètement ?

    Merci beaucoup pour votre aide qui me sera précieuse j’en suis sûre !
    Célia

  24. Elodie

    Je vous remercie pour ces témoignages très intéressants. Je suis actuellement doctorante et j’effectue ma thèse sur les reconversions professionnelles. J’aimerais beaucoup vous interviewer à ce sujet, serait-ce possible?
    Merci
    Elodie

  25. S.Crouzet

    moi je voudrais juste vous dire merci d’avoir crée ce blog et de permettre ses échanges. En forte période de développement personnel cela fait du bien de voir les projets d’autres personne, de sentir que c’est possible et non une illusion car le parcours est parfois bien compliqué à réaliser. garder confiance en ses idées, assurer financièrement et dans le quotidien, bref ce blog est comme une vitrine positive…je reviendrai vous lire!

    • Selma

      Comme je te rejoins! Le blog d’Yves est dans mes favoris depuis que j’ai commencé ce chemin : rien que de lire le titre, déjà, ça fait du bien! C’est formidable de voir / lire / entendre que d’autres y arrivent, leur succès rend le nôtre possible 🙂 Bonne route!

  26. Virginie Chavenon

    Comme je te comprends. J’ai été prof d’anglais pendant 12 ans avant de monter ma boîte il y a 2 ans. J’aimais réellement mon métier, mais m’ennuyais dans toutes les charges et lourdeurs qu’il impliquait. J’ai rencontré beaucoup de scepticisme et d’embûches sur mon chemin, et je suis loin de pouvoir vivre de ce nouveau métier. Mais quelle passion, quel plaisir de pouvoir construire le projet de sa vie et de se lever tous les matins avec l’envie de se mettre au travail, d’avancer. 🙂 Très bonne continuation à toi Selma. Que ta route soit aussi belle que ton coeur.

    • Selma

      Bonjour Virginie! Je ne savais pas que tu étais aussi une ex-prof, bravo d’avoir osé! Moi aussi j’aimais réellement enseigner, et d’ailleurs, c’est ce que je continue à faire finalement. Mais différemment, en accord avec ma personnalité, et sans avoir le plafond juste au-dessus de la tête : je ne voulais plus faire table rase chaque année le 4 juillet, et recommencer le même cycle au 1er septembre sans aucune possibilité d’évolution 🙂 Merci pour tes mots, et bonne continuation pour la suite Virginie!

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