Difficile d’imaginer changer de métier ou faire évoluer
sa carrière quand on est prof ou plus généralement enseignant. Erreur. En 2006, Rémi Boyer a lancé l'association "Aide aux
Profs", le portail francophone de référence des professeurs en quête d’une
seconde carrière : www.aideauxprofs.org. Comment faire pour se lancer dans
l’aventure ? Interview pour Toutpourchanger.com du président et fondateur. Enseignant... et après ? Comment se préparer et réussir sa seconde carrière
TPC : Quels constats vous ont incité à créer l’association "Aide aux Profs" ?
Dans toutes les salles des profs que j’ai traversées, le
même refrain revenait à chaque rentrée scolaire ou tout au long du 1er
trimestre, de loin le plus éprouvant pour un enseignant : "j’aimerais bien
faire autre chose, mais quoi ? Je ne sais rien faire d’autre !". J’ai toujours
trouvé démotivant de la part de personnes qui avaient obtenu un concours si
difficile comme le Capes ou l’agrégation de tenir un pareil discours, qui avait
certainement des conséquences auprès de leurs élèves, qui ne les voyaient plus
aussi motivés. C’est donc pour "briser un tabou" et "faire réfléchir tout le
système éducatif" à la question essentielle de la seconde carrière dans la vie
active d’un enseignant, que j’ai créé cette association. Depuis, cela s’est
avéré répondre très bien aux besoins de la majorité de ceux qui nous
contactent, et notre petite équipe passionnée par cette aventure associative
aide ceux dont le projet est bien défini à le réussir.
En règle générale, les
enseignants s’estiment mal compris par leur administration, et seule une
minorité pour l’instant se sent suffisamment en confiance pour lui confier ses
difficultés, et ses aspirations à "faire autre chose", par crainte que "la
hiérarchie" n’assimile le désir de seconde carrière à des difficultés
professionnelles : c’est le principal écho que nous avons depuis trois ans à
travers plus de 1 500 demandes d’aide en provenance de toutes les académies,
preuve qu’il y a de gros efforts à faire pour redonner confiance
professionnellement aux enseignants. Aujourd'hui, sur le site du journal 20 minutes
TPC : Comment intervenez-vous auprès des enseignants ?
Tout se réalise à distance, et dans 80 % des cas nous ne
verrons jamais les adhérents, surtout s’ils vivent en Guadeloupe ou en
Australie. En 1999-2000 j’ai eu la chance de travailler pour une jeune
entreprise de soutien scolaire à distance : cela m’a mis le pied à l’étrier…
ensuite, j’ai modéré bénévolement des plateformes de forum d’adolescents et
d’adultes sur le web, ce qui m’a appris à réaliser une communication efficace
en peu de mots, et à remotiver ainsi ceux qui ne le sont plus.
Après avoir lu des dizaines d’ouvrages de psychologie, de
coaching, de modes d’accompagnement, j’ai adapté ce qu’il était possible de
conserver à distance, pour concevoir une méthode spécifique. J’ai à cet effet
créé le "pré-bilan de carrière", qui n’existait pas, et que je considère
comme un premier pas avant un bilan de compétences. En effet, avant de
s’investir ailleurs dans un bilan sur soi souvent long et coûteux, je me suis
dit qu’il pouvait être possible de proposer un bilan allégé, à distance,
accessible avec des moyens financiers limités. Justement, cela tombait bien :
le salaire d’un enseignant débutant est proche du Smic, et les académies ne
financent un bilan de compétences qu’à compter de 10 ans d’ancienneté, avec un
temps d’attente selon les académies qui peut varier de quelques mois à
plusieurs années. Nous apportons donc notre bénévolat, cela me semble important
pour donner du sens à notre action, car lorsque l’on est enseignant on consacre
bien plus que son temps statutaire pour aider les élèves à réussir leur projet
professionnel, même si les différentes classes sociales qui composent la
société sous-estiment cet investissement personnel du corps enseignant.
On aide donc l’enseignant qui ne souhaite plus l’être à
mûrir son projet avant de foncer tête baissée dans n’importe quelle formation,
on lui apprend à concevoir son CV, à rédiger des lettres de motivation, à mener
un entretien de recrutement, et aussi à réfléchir à un projet de création
d’entreprise. Nous réalisons aussi des "mises en relation" entre enseignants
aspirant à autre chose et anciens enseignants ayant quitté le système éducatif
: c’est un dispositif de compagnonnage, permis par un réseau solide et
diversifié que nous développons depuis trois ans.
Vous êtes prof et vous avez envie de faire évoluer votre
carrière ? RDV sur le site de l’association Aide aux profs
Je suis prof depuis 20 ans. C'est un métier très difficile et peu reconnu. Les conditions de travail y sont déplorables. J'aime encore le contact avec les élèves, même si je trouve que c'est souvent très dur. Je rêve de faire autre chose mais j'ai peur de me jeter dans l'inconnu. Aujourd'hui, j'ai au moins la sécurité et si je quitte l'éducation nationale, je n'aurai plus aucun parachute. Je vais quand même me renseigner sur les possibilités de disponibilités. Si vous avez des infos à ce sujet, n'hésitez pas à m'en donner. Merci à vous.
2.
Le vendredi 23 octobre 2009, 11:24 par professeur d'anglais
J'ai été agressée par un élève en 2004, il m'a traitée de "salope" le jour du dernier conseil de classe. Pendant le conseil, j'en ai parlé aux équipes pédagogiques. Le lendemain, j'étais agressée par un élève mandaté par celui qui m'avait insultée. Pour tout soutien de l'Education nationale, je n'ai reçu qu'une lettre me disant : "Appelez notre cellule d'aide psychologique, si vous le souhaitez." Je ne l'ai pas fait. Légèrement blessée à l'oeil, vite remise physiquement, mais complètement traumatisée, j'ai continué à enseigner un an, dans un autre établissement car j'avais demandé ma mutation. Cette nouvelle année scolaire a été encore plus difficile que la précédente : j'ai travaillé dans la peur permanente, ayant perdu toute motivation et ne me confiant à personne sur ce qui m'était arrivé l'année précédente, de peur d'être mal perçue. La chef d'établissement, bien sûr, le savait. Au bout de cette année, j'ai décidé de financer m
on bilan de compétences pour essayer d'envisager autre chose. Ma motivation pour l'enseignement s'amenuisait et ma chef d'établissement m'a dit en entretien de fin d'année : "Si j'étais vous, j'irais faire autre chose", alors que j'étais simplement venue lui demander ma propre salle pour l'année suivante. Je l'ai prise au mot, je ne suis pas revenue, il restait 3 semaines de cours. J'ai demandé un reclassement, on me l'a refusé mais proposé une dispo. J'ai réussi à rebondir, heureusement, mais si j'avais connu l'association Aide aux profs, j'aurais gagné beaucoup en temps et en soutien ! Je les contacterai d'ailleurs un jour pour avoir des infos !
@ Prof : J'espère que vous avez réussi à glâner quelques infos sur Toutpourchanger.com. N'hésitez pas à nous adresser vos questions plus personnelles, je suis persuadé que Rémi Boyer se fera un plaisir d'y répondre.
@ Professeure d'anglais : Merci à vous. Votre témoignage illustre parfaitement ce que vivent un grand nombre de vos collègues et les poussent à se poser la question d'un autre avenir professionnel. Bien sûr, chaque prof en questionnement quant à sa carrière n'a pas forcément connu ce genre de situation. Heureusement. Tenez-nous au courant de l'avancée de vos projets.
Les modalites de carriere sont posibles, mais seulement pour certains enseignants, tries sur le volet, co-optes (y compris syndicalement) et fortement pistonnes. La realite depasse malheureusement la fiction dans ce secteur aussi.
Si on veut beneficier des maigres possibilites, il va falloir se donner le profil convenable y compris politiquement, puisque les nominations au tour exterieur existent toujours. C'est aussi effectivment les activites extra scolaires, ou pretendues telles, qui vont donner de la consistence a une candidature. Sur que champion departemental de petanque ca impresionne moins que moniteur de ski dans le domaine du sport, tout au moins.
Reste que c'est possible au prix d'un acharnement et surtout d'une tres grande connaissances de reseaux et des possibilites. Les salles de profs sont pleines de gens riches d'experiences diverses, a vous d'en profiter.
Je dependais d'un inspecteur de specialite quand j'etais a l'EN qui etait une vraie caricature. Il habitait dans la meme commune que moi. Gros et pesant, large, beaucoup de faconde meridionale, un vilain accent d'Afrique du Nord, des manieres raffinees mais tres imbu de lui-meme. Nous etions souvent en desaccord frontal sur les orientations profesionnelles impulsees par Paris mais je trouvais parfois des solutions legales a des imbroglios juridiques crees par ces instructions autistes.
Pour cela , il me respectait et moi aussi. Et donc je lui ai dit que je voulais partir et il m'avait pensez- y et venez me voir. Je suis alle le voir et c'est pour lui que j'y suis allee car je lui avais trouve un combine pour se faire inviter comme expert et il avait obtenu une mission a l'etranger.
C'est lui qui est venu en voir un jour, pour un entretien individuel a l'improviste. Mes collegues, car j'avais du annuler mon cours, m'ont demande poliment quelle connerie j'avais fait pour meriter une telle humiliation. En fait ce monsieur etait venu pour me demarcher pour entrer en politique avec lui aux municipales.
Plus tard, une fois ma decision, prise j'ai voulu aller le voir et il avait pris sa retraite , remplace par une megere institutionnelle, une femme autoritaire et peu porte sur l'ecoute. Bref, jy vais, et la echec et lle me dit, c'est non a priori, je ne vous soutiendrai pas pour une disponibilite, et ne revenez plus. J'y suis retourne 4 semaines plus tard avec la copie de mon contrat de travail signe dans la poche, pour lui demander, et la les choses ont tourne en ma faveur, elle m'a ecoute avec enntion, abvec interete meme, elle a ete impressionnne par mon parcours professionnel que j'ai pris soin de detailler, et ma dit: "foncez je vous soutiens, on regle ca avant la fin de la semaine".
Commentaires
Je suis prof depuis 20 ans. C'est un métier très difficile et peu reconnu. Les conditions de travail y sont déplorables. J'aime encore le contact avec les élèves, même si je trouve que c'est souvent très dur. Je rêve de faire autre chose mais j'ai peur de me jeter dans l'inconnu. Aujourd'hui, j'ai au moins la sécurité et si je quitte l'éducation nationale, je n'aurai plus aucun parachute. Je vais quand même me renseigner sur les possibilités de disponibilités. Si vous avez des infos à ce sujet, n'hésitez pas à m'en donner. Merci à vous.
J'ai été agressée par un élève en 2004, il m'a traitée de "salope" le jour du dernier conseil de classe. Pendant le conseil, j'en ai parlé aux équipes pédagogiques. Le lendemain, j'étais agressée par un élève mandaté par celui qui m'avait insultée. Pour tout soutien de l'Education nationale, je n'ai reçu qu'une lettre me disant : "Appelez notre cellule d'aide psychologique, si vous le souhaitez." Je ne l'ai pas fait. Légèrement blessée à l'oeil, vite remise physiquement, mais complètement traumatisée, j'ai continué à enseigner un an, dans un autre établissement car j'avais demandé ma mutation. Cette nouvelle année scolaire a été encore plus difficile que la précédente : j'ai travaillé dans la peur permanente, ayant perdu toute motivation et ne me confiant à personne sur ce qui m'était arrivé l'année précédente, de peur d'être mal perçue. La chef d'établissement, bien sûr, le savait. Au bout de cette année, j'ai décidé de financer m
on bilan de compétences pour essayer d'envisager autre chose. Ma motivation pour l'enseignement s'amenuisait et ma chef d'établissement m'a dit en entretien de fin d'année : "Si j'étais vous, j'irais faire autre chose", alors que j'étais simplement venue lui demander ma propre salle pour l'année suivante. Je l'ai prise au mot, je ne suis pas revenue, il restait 3 semaines de cours. J'ai demandé un reclassement, on me l'a refusé mais proposé une dispo. J'ai réussi à rebondir, heureusement, mais si j'avais connu l'association Aide aux profs, j'aurais gagné beaucoup en temps et en soutien ! Je les contacterai d'ailleurs un jour pour avoir des infos !
@ Prof : J'espère que vous avez réussi à glâner quelques infos sur Toutpourchanger.com. N'hésitez pas à nous adresser vos questions plus personnelles, je suis persuadé que Rémi Boyer se fera un plaisir d'y répondre.
@ Professeure d'anglais : Merci à vous. Votre témoignage illustre parfaitement ce que vivent un grand nombre de vos collègues et les poussent à se poser la question d'un autre avenir professionnel. Bien sûr, chaque prof en questionnement quant à sa carrière n'a pas forcément connu ce genre de situation. Heureusement. Tenez-nous au courant de l'avancée de vos projets.
Bonjour,
Les modalites de carriere sont posibles, mais seulement pour certains enseignants, tries sur le volet, co-optes (y compris syndicalement) et fortement pistonnes. La realite depasse malheureusement la fiction dans ce secteur aussi.
Si on veut beneficier des maigres possibilites, il va falloir se donner le profil convenable y compris politiquement, puisque les nominations au tour exterieur existent toujours. C'est aussi effectivment les activites extra scolaires, ou pretendues telles, qui vont donner de la consistence a une candidature. Sur que champion departemental de petanque ca impresionne moins que moniteur de ski dans le domaine du sport, tout au moins.
Reste que c'est possible au prix d'un acharnement et surtout d'une tres grande connaissances de reseaux et des possibilites. Les salles de profs sont pleines de gens riches d'experiences diverses, a vous d'en profiter.
Cordialement
Seb
Bonjour
Mon experience
Je dependais d'un inspecteur de specialite quand j'etais a l'EN qui etait une vraie caricature. Il habitait dans la meme commune que moi. Gros et pesant, large, beaucoup de faconde meridionale, un vilain accent d'Afrique du Nord, des manieres raffinees mais tres imbu de lui-meme. Nous etions souvent en desaccord frontal sur les orientations profesionnelles impulsees par Paris mais je trouvais parfois des solutions legales a des imbroglios juridiques crees par ces instructions autistes.
Pour cela , il me respectait et moi aussi. Et donc je lui ai dit que je voulais partir et il m'avait pensez- y et venez me voir. Je suis alle le voir et c'est pour lui que j'y suis allee car je lui avais trouve un combine pour se faire inviter comme expert et il avait obtenu une mission a l'etranger.
C'est lui qui est venu en voir un jour, pour un entretien individuel a l'improviste. Mes collegues, car j'avais du annuler mon cours, m'ont demande poliment quelle connerie j'avais fait pour meriter une telle humiliation. En fait ce monsieur etait venu pour me demarcher pour entrer en politique avec lui aux municipales.
Plus tard, une fois ma decision, prise j'ai voulu aller le voir et il avait pris sa retraite , remplace par une megere institutionnelle, une femme autoritaire et peu porte sur l'ecoute. Bref, jy vais, et la echec et lle me dit, c'est non a priori, je ne vous soutiendrai pas pour une disponibilite, et ne revenez plus. J'y suis retourne 4 semaines plus tard avec la copie de mon contrat de travail signe dans la poche, pour lui demander, et la les choses ont tourne en ma faveur, elle m'a ecoute avec enntion, abvec interete meme, elle a ete impressionnne par mon parcours professionnel que j'ai pris soin de detailler, et ma dit: "foncez je vous soutiens, on regle ca avant la fin de la semaine".
J'ai donc quitte l'Education...
Ouf